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De Yaacov à Israël

par Itshak Nabet

Après vingt ans de mariage, Itshak avinou et Rivka iménou vivent enfin ce grand moment qu’ils désiraient tant. A la suite d’une grossesse très douloureuse, Rivka met au monde des jumeaux: « Le premier sortit couvert de poils roux, les gens l’appelèrent Essav. Ensuite naquit son frère, sa main accrochait le talon de son frère. Et il l’appela Yaacov ».Si on comprend pourquoi ceux qui avaient vu ce bébé poilu comme un adulte l’avaient surnommé Essav,qui signifie « déjà formé », pourquoi Yaacov,qui veut dire le talon, fut- il nommé ainsi? En quoi le fait de saisir le talon de son frère signifie-t-il l’essence de sa personne? D’autant plus que Celui qui l’appela ainsi,selon Rachi zal,fut Hachem Lui-même… Alors que veut nous enseigner la Torah à travers le nom de Yaacov avinou?

Afin de répondre à cette question, nous allons ouvrir une petite parenthèse. Il est écrit dans le Téhilim 119, verset 98  » De mes ennemis, j’ai appris comment faire tes Mitsvot, car celles-ci sont éternelles. » Le rav Levi Itshak Miberditchov zal enseigne que David Amélekh nous donne une astuce pour servir Hachem: « Regarde ce que les gens sont prêts à faire pour assouvir des désirs matériels éphémères et imite-les pour accomplir la volonté divine, car ce salaire est éternel. » Ainsi,en observant comment les gens se comportent au quotidien, nous pouvons nous renforcer dans notre volonté de nous rapprocher de notre Créateur. Par exemple, nous voyons combien les gens investissent pour être toujours à la mode. Chaque année,certains dépensent des centaines d’euros pour s’acheter des vêtements, des chaussures, des lunettes ou des décorations pour leur maison…alors que leurs armoires débordent. Qu’est-ce qui les pousse à investir autant à ces fins? La réponse est simple: on aime tous être « dans le coup », entendre des compliments sur nos tenues,attendre que les autres nous regardent…Or si,dans cette perspective, les gens sont prêts à vider leur portefeuille, combien,nous aussi, devons-nous investir pour posséder des téfilines de qualité, des taliths propres et neufs, des mézouzot écrites par des sofrim de confiance?

Nos sages ne s’arrêtent pas là dans l’explication de ce verset. Nous savons qu’il n’existe pas un ennemi plus grand que le Yetser Ara. Ainsi, David Amélekh nous incite-t-il également à observer comment le mauvais penchant agit avec nous afin de l’imiter pour faire le bien. Or, la première chose que l’on doit apprendre de lui, c’est sa ténacité. Nous voyons combien ses tentatives sont sans limites. Même s’il faut attendre dix ans pour faire chuter un bon juif, il prend son temps, sans se décourager, jusqu’à le faire tomber dans son trou. Par exemple, lorsqu’une personne arrive à sauver sa vie en arrêtant de fumer,elle ne peut pas se croire à l’abri d’une rechute. A chaque bonne occasion, le Satan la persuade d’en prendre une petite. Et même si elle refuse cent fois, cette petite voix la suivra jusqu’à la fin de ses jours. Voilà comment,nous aussi, nous devons servir Hachem. Nous devons être tenaces, ne pas avoir honte de nos chutes. Même si dix fois, cent fois,nous essayons d’avancer mais échouons, nous devons encore et toujours essayer jusqu’à la dernière seconde.

Ainsi,plus un homme va réfléchir et apprendre de ses « ennemis », et plus il peut s’élever dans le Service divin. Seulement,il faut savoir que cette méthode n’est pas sans risque. En effet, lorsqu’une personne reste trop en contact avec des gens qui n’accomplissent pas les mitsvot, il est évident que lui ou ses enfants sont influencés. C’est pour cela qu’il est préférable,après,de grandir uniquement à l’aide de la Torah et des prières. Ainsi pouvons-nous retrouver cette idée lorsque Yaacov avinou quitte Lavan. Celui-ci dira à Essav: « avec Lavan j’ai habité, et de lui j’ai appris à faire encore mieux les 613 mitsvot. » Mais,afin de ne pas détériorer l’éducation de ses enfants, Yaacov décida de quitter Lavan et de retourner en Israël. C’est à ce moment qu’il lutta contre l’ange et se nomma Israël. En nommant notre ancêtre Yaacov, Hachem voulait nous enseigner qu’un juif ne peut pas commencer le service divin à la perfection. « Au début,s’il a besoin d’apprendre comment le servir,de choses négatives qu’il apprenne. » Et le fait d’attraper le talon d’Essav reflétait ainsi ce besoin de s’aider du matériel. En outre, la Torah nous précise ici que cette apparente faiblesse représente en réalité le seul moyen de grandir et de devenir Israël.

Nous devons savoir que cette règle s’applique à l’ensemble de notre engagement religieux. Comme le disent nos sages dans le traité Pessahim(50;b) au nom de Rav: Qu’un homme fasse toujours la Torah et les Mitsvot de manière intéressée, car c’est ainsi qu’il pourra arriver à servir Hachem de manière désintéressée. Le nom de Yaacov avinou que notre ancêtre porta pendant la première partie de sa vie témoigne que c’est ainsi que nous devons nous engager dans la religion. Il ne faut pas avoir honte de faire les Mitsvot pour trouver un bon conjoint, pour la santé ou l’argent, car c’est la seule voie pour atteindre la perfection dans l’accomplissement du Service divin. Alors essayons de conserver et d’appliquer cet enseignement. Apprenons de nos ennemis comme nous le conseilla David Amelekh, et essayons,jour après jour,de parfaire notre comportement afin de mériter nous aussi notre nom de Bné Israël.

 

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