HistoiresItshak Nabet

L’armée d’un seul homme

Dans la paracha Pinhas, la Torah nous raconte comme un acte de vengeance sauva notre peuple (comme il a été développé dans le Dvar Torah qui suit ces histoires). A chaque génération, certains juifs ont sentie le besoin de partir en guerre pour Hachem. Dans le merveilleux livre « Le Patron avant tout » de Rouhama Shain, nous trouvons le récit de la vie d’un homme qui lutta pour que les juifs américains du début du siècle reviennent vers leurs Créateur. Voici un petit extrait, qui nous montre qu’il est possible d’agir comme Pinhas à notre époque :

Papa se définissait volontiers comme « un soldat au service de D.”. Il était, en fait, bien plus qu’un simple soldat. C’était un combattant exemplaire et zélé, un militant, un entraineur de troupes. Mais il se considérait comme un simple soldat qui ne fait qu’obéir aux ordres du « Générale en chef ».

Il se sentait concerne par chaque domaine de la vie juive religieuse en Amérique. Son courage à toute épreuve et sa résolution à prendre la défense d’un Judaïsme intégral et sans compromise, suscitaient l’ironie, voire les railleries, mais ce n’est pas cela qui l’arrêtait dans la voie qu’il s’est tracée.

Je me rappelle un chabbath matin où papa était rentré de la choule avec cette lueur particulière dans les yeux qui reflétait une humeur combattante. « Aidel, je reviens dans très peu de temps », dit-il à maman, « veille à ce que les invités commencent à se mettre à table ».

Maman, qui n’était pas très rassurée, m’envoya à la poursuite de papa : « Si jamais il lui arrivait quelque chose, je préfèrerais être avertie ».

Je rattrapais bientôt papa qui me sourit : « Je vois que maman t’a envoyée en espion ». J’avais peine à me maintenir au coté de papa dans sa marche vers East Broadway. Il s’arrêta à la hauteur de la synagogue « Young Israël » et me dit de l’attendre.

Mais la curiosité me poussa à suivre papa. Je pénétrai dans le hall d’entrée et jetai un coup d’œil dans la choule : elle était plaine à craquer. La lecture de la Thora venait juste de se terminer. Papa se tient un instant à l’arrière de la synagogue puis subitement s’élança vers l’estrade, frappa un coup sur la table et prit la parole a voix haute : « J’ai lu votre annonce, à la sortie de la choule : « Young Israël danse ce soir ».Sachez que la Thora interdit les danses mixtes. Effacez soit le mot Israël soit le mot danse, les deux choses ne vont pas ensemble ».

Il y eut un murmure de protestation : « Qu’on le mette dehors ! » Deux jeunes gens vigoureux prirent papa énergiquement et le conduisirent sans le moindre respect jusque dans la rue.

« Papa ne te sens-tu pas humilié de t’être fait traiter de la sorte? », lui demandais-je, hors de moi.

« Pas le moins du monde », dit papa en haussant les épaules. « Je ne sais pas s’ils vont tenir compte de ce que j’ai dit, mais il fallait que je proteste ».

Papa redressa les épaules et me serra fermement la main durant tout notre chemin de retour vers la maison.

Ce fut des années plus tard que le discours de papa eut un écho et que la communauté Young Israël devint plus rigoureuse dans l’observance des mitsvots et développa un judaïsme plus authentique.

♣♣♣♣♣♣

Un dimanche matin, papa disparut mystérieusement. D’ordinaire il restait le dimanche avec la famille et nous racontait des extraits bibliques.

Il revint après de nombreuses heures d’absence, une pancarte à la main et halé par le vent. « Qu’as-tu fais toute la journée ? » s’enquit maman qui n’était pas tranquille.

– Ce n’est pas bien que les jeunes juifs ne soient même pas informés que la Thora interdit les baignades mixtes. J’ai fait imprimer cette pancarte et je suis allé déambuler de long en large sur la promenade bordant la plage de Coney-Island avec la pancarte sur les épaules.

Nous nous emparâmes de la pancarte où nous pûmes lire en grandes lettres rouges : « Enfants du peuple juif, filles et garçons, sachez que la Thora interdit les baignades mixtes ! »

-Yaacov Yossef, dit maman peinée, qui donc aura prêté la moindre attention à ta pancarte ? Tout ce que tu as gagné c’est de t’être extenué!

-Un jour, répondit papa avec emphase, je devrai rendre des comptes Là-Haut. Lorsqu’on me demandera ce que j’ai fait concernant cette transgression… J’aurais au moins la conscience tranquille.

♣♣♣♣♣♣

La Orchard Street, dans le Lower East Side, bourdonnait d’activité le vendredi soir et la journee du chabbath. Des marchands ambulants qui vendaient de tout, depuis des articles menagers jusqu’à des fruits, des légumes, de la viande et du poisson, étaient alignés tout au long de la rue. Il s’agissait malheureusement de marchands juifs.

Papa était très chagriné par cette profanation systématique du chabbath et il s’acharnait à trouver une solution pour résoudre ce problème. Il fit apparaitre une annonce dans le journal yiddish où il faisait part de son intention de fonder une association de fidèles prêts à se mobiliser pour promouvoir l’essor du judaïsme à New York. Plusieurs personnes se proposèrent et c’est ainsi que prit jour la Agoudath Baalé-Batim dont une des premières activités fut de manifester contre la profanation du chabbath de la Orchard Street. Maman me demanda d’accompagner papa car elle savait combien les marchands de la Orchard Street pouvaient être des brutes et elle avait peur qu’on s’en prenne physiquement à lui.

Voici comment ils procédèrent : un vendredi après-midi, ils enfilèrent la Orchard Street, papa en tête, et s’arrêtèrent à chaque étalage pour expliquer calmement l’importance du chabbath et la gravité que représentait son infraction. Ils les informaient de l’heure d’entrée de chabbath et les prier de bien vouloir interrompre leurs activités commerciales. Certains marchands prient leur discours à cœur et fermèrent à temps, mais la plupart d’entre eux se mirent à insulter papa ; quand aux autres, il s’en fallut de peu qu’ils en viennent aux mains.

Papa ne se découragea pas pour si peu, Chaque veille de chabbath il parcourait la Orchard Street en exhortant les marchands à remballer leurs marchandises avant chabbath, ce qui fit de lui un personnage familier, en butte au ridicule et aux insultes.

Quand la Agoudath Baalé-Batim fut à même de rassembler assez de fonds, papa s’adressa à chaque marchand : « Combien pensez-vous gagner durant un chabbath entier ? Je suis prêt à vous donner l’intégralité de la somme si vous fermez à présent ». Cela produisit son effet : en l’espace de quelques mois, les plus récalcitrants capitulèrent.

L’initiative de papa et son endurance aboutirent : il n’y eut plus de marché le chabbath, Orchard Street, depuis la Canal Street jusqu’à la Delancey Street, c’est-à-dire sur toute sa longueur. La Orchard Street devint, peu à peu, lechabbath, une sorte de rue piétonnière, où l’on pouvait se promener à sa guise.

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