HistoiresItshak Nabet

Trois bouteilles pour sauver une vie

En cette veille de Yom Kippour, tous les Hassidim  Habad s’étaient rassemblés dans la cantine de la maison d’étude de Loubavitch pour consommer  le dernier repas avant la fête. Une atmosphère de crainte et de sainteté était palpable. Les plus zélés étaient déjà en train de lire des Téhilim à la synagogue lorsque les pleurs d’une femme vinrent rompre cette sérénité:  » Aidez-moi, je vous en prie!! Sauvez mon mari. » Les hassidim calmèrent la femme et lui demandèrent de quoi il s’agissait.

« Mon mari et moi vivons avec nos enfants dans une maison aux alentours de la ville. Nous louons cette maison à un Paritz, un seigneur russe. Cette année, nous n’avons pas réussi à payer notre loyer. Après plusieurs menaces, le seigneur a enfermé mon mari dans un trou et me réclame la somme de 300 roubles. Depuis quelques jours, j’essaye de rassembler cette somme. Aujourd’hui, il m’informe que si l’intégralité de la dette n’était pas payée, il tuerait mon mari ce soir! Je vous en prie, aidez-moi! »

Chacun se leva et donna le peu d’argent qu’il possédait.  Quelques roubles pour sauver cette âme juive furent vite réunis. La femme remercia chaleureusement les Hassidim et quitta la maison d’étude.

 

Le rav Hillel, un des élèves du rav Dov Beer Haïkine, la suivit et lui demanda: « Combien de roubles possèdes- tu? »
– « Une dizaine » répondit la femme.
-« Et comment comptes-tu trouver le reste de la dette à une heure de la fête? » En entendant cela, elle se remit à pleurer.

-« Je vais t’accompagner, peut- être aura-t-on plus de chance  à deux. »

Le Hassid se demandait où il pourrait trouver une somme aussi importante, en si peu de temps. Pendant qu’il réfléchissait, ses pieds le menèrent en ville. Ils se tenaient désormais devant une taverne. Son instinct lui disait que de là viendrait la délivrance. Il demanda de l’aide à Hachem et entra. Il entendit alors, entre les nuages de fumée des non-juifs qui buvaient et jouaient aux cartes, une voix rauque lui demander:  » Que cherches-tu ici ? « .

 

Le rav répondit:
-« Y-a-t-il des juifs dans votre auberge ? »
– « Des juifs comme toi, y en a pas! Mais des comme nous, y en a. Regarde à côté du mur, là -bas. » Le rav se rapprocha de la table qu’on lui avait désignée. Il vit plusieurs hommes assis, qui fumaient et jouaient au poker.  » Qu’est-ce que tu veux, rabbin? » lui jeta un des joueurs.

-« Mes frères, voulez-vous gagner votre monde futur en quelques minutes? Un pauvre père de famille est sur le point de se faire exécuter par un seigneur cruel. Il va laisser une veuve et six orphelins. Hachem m’envoie pour le sauver. Si vous payez sa dette, trois cents roubles, je vous assure une bonne place au paradis! »

« Arrête tes bobards, rabbin. Tu te trompes de public. »

 

Alors que Rabi Hillel retournait vers la sortie, un des buveurs cria:  » Je suis prêt à te donner 100 roubles si tu bois cette bouteille de Vodka. » Le rav revint sur ses pas.

-« J’accepte. »
Il se servit un verre, fit la bénédiction et commença à boire. Chaque gorgée lui brûlait les entrailles. Après quelques verres, son visage devenu rouge était méconnaissable. Il remplissait un verre après l’autre, en pensant à ce pauvre homme qui allait se faire tuer. Lorsqu’il termina la bouteille, ses yeux pleins de larmes observèrent le ciel qui s’assombrissait. Dans quel état allait-il prier? pensa-t-il. L’homme qui avait proposé le défi sortit l’argent et remercia le rabbin pour ce divertissement.

« Est-ce que vous voulez un deuxième tour, pour 100 roubles? » Lança le joueur assis à côté. Le rav, qui n’avait pas le choix, accepta. Il enleva sa veste et remplit son verre. Le rire des spectateurs et leurs cris l’encourageaient. Le décor dansait autour de lui lorsqu’il reposa son dernier verre. Il prit l’argent et remit sa veste.  » N’avais-tu pas besoin de 300 roubles? » lui dit un des joueurs.  » Encore 100 roubles pour une bouteille. » Encore une fois, le rav accepta et, après avoir frôlé le coma éthylique, il sortit avec les 300 roubles, les donna à la femme et se précipita vers la synagogue.

Lorsqu’il ouvrit la porte, l’odeur de l’alcool qu’il dégageait attira le regard de tous les Hassidim. Le rav Hillel prit un livre, s’assit sur une chaise et plongea dans un sommeil profond. Lorsqu’il se réveilla, les Hassidim avaient fini la prière depuis longtemps. Ils lisaient les Téhilim, étudiaient la Torah… Le rav, encore ivre, ouvrit l’armoire dans laquelle reposaient les livres de la Torah et se mit à chanter:  » Ana, Ana, Ana Avda dékoudcha bérikh Hou. » (Je suis le serviteur d’Hachem). Les Hassidim allèrent voir leur rav, le rav Dov Ber et lui demandèrent pourquoi le rav Hillel chantait une chanson que l’on chante à Simhat Torah, le dernier jour de Soucot…

Il leur répondit que le mois d’Elloul, la fête de Roch Hachanna, les dix jours de pénitence, Yom Kippour et Soucot ne sont qu’un seul et même moyen pour se préparer à Simhat Torah. Pour arriver à proclamer que seul Hachem est Dieu, qu’Il n’existe aucune force à part Lui. Pour sauver ce juif, le rav Hillel sacrifia ce qu’il avait de plus cher : Yom Kippour. Grâce à la Mitsva qu’il fit ce soir, il prouva qu’il était un véritable serviteur d’Hachem et mérita déjà d’atteindre le niveau de Simhat Torah.

 

Nous approchons des derniers jours de ces fêtes deTichri et notamment de Simhat Torah. Après avoir raccourci notre sommeil pendant la période des Sélihot, avoir jeûné à Yom Kippour et avoir quitté notre maison à Soucot, nous allons déclarer qu’il n’existe rien hors d’Hachem et de sa Torah. En dansant de toutes nos forces avec les livres de la Torah, nous montrons que nous Le servons de tous nos membres. Alors qu’Hachem nous aide à atteindre ce niveau afin de prendre son joug toute l’année dans la joie et la sainteté.

 

Inspiré de tu raconteras Ses merveilles ( volume deux).

 

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