HistoiresItshak NabetYitro

Un miracle inutile

par Itshak Nabet

 Comme nous l’avons expliqué dans le Dvar Torah intitulé l’enseignement de Yitro, celui-ci a su saisir l’opportunité qui se présenta à lui. Il vit la Vérité et décida de changer sa vie. Nos sages enseignent qu’Hachem tend parfois des perches qu’il faut savoir saisir comme l’illustre cette belle histoire tirée de la série de livre La Paracha du rav Eliahou Hassan chlita :

Le Rav Chlomo Zalman Auerbach (zal),vivait alors avec ses parents à Jérusalem à l’époque de la guerre. Ils durent déménager à cause de la pauvreté, et partager leur appartement avec un couple qui louait déjà l’une des pièces de la maison. Ces colocataires étaient des nouveaux immigrants, non religieux… C’est la raison pour laquelle la famille Auerbach dut mettre les choses au clair avec eux dès le début afin de permettre une cohabitation agréable. Pour cela, avant le premier Chabbat, la mère du futur grand rav alla leur parler et leur demander de ne pas profaner le Chabbat  sous le même toit qu’eux. Ceux-ci, très disposés à respecter la manière de vivre de leurs voisins, acceptèrent volontiers.

Or… A peine le premier Chabbat arrivé, la famille Auerbach constata que ceux-ci ne respectaient pas leur engagement et qu’ils profanaient ouvertement ce jour saint. La maman décida alors d’envoyer son fils, le jeune et sage Chlomo Zalman. Celui-ci se rendit donc chez eux et comprit, après seulement quelques mots échangés, qu’ils ne connaissaient absolument pas les règles du jour sacré  et l’avaient transgressé par simple ignorance. Le jeune garçon leur en expliqua donc les règles générales, et ceux-ci promirent de s’y tenir. Ces quelques échanges pacifiques avec le futur grand Rav  Chlomo Zalman Auerbach ouvrirent le cœur d’un membre de la famille,  nouvel immigrant,  qui tint à lui raconter une partie de sa vie, et commença ainsi :

« Tout se passa durant la Première Guerre mondiale. Mes parents étaient réformistes, et, bien que je savais que j’étais juif, je ne connaissais rien du judaïsme. J’étais exactement comme aujourd’hui, sauf que je sais qu’il y a Un Créateur du monde. Lorsque cette guerre éclata, je fus envoyé sur le champ de bataille et dus affronter chaque jour l’ange de la mort. J’étais couché  dans les tranchées: les balles de l’ennemi sifflaient au-dessus  de ma tête et de nombreux soldats mouraient autour de moi. J’étais démoralisé à l’idée que j’allais peut-être mourir bêtement, parce qu’un Tsar avait décidé  de faire la guerre et se fichait bien que ses soldats meurent pour défendre ses idéaux stupides.

 Dans mon groupe se trouvaient trois soldats juifs religieux. Ils étaient si différents de tous les autres ! Je les enviais… Ils sortaient de temps en temps des petits livres de leurs poches, murmuraient quelque chose avec ferveur et leurs têtes se balançaient en avant et en arrière, de chaudes larmes coulant le long de leurs joues. Après cela, ils reprenaient la bataille avec de nouvelles forces comme s’ils venaient seulement d’arriver pour combattre ! J’eus parfois l’occasion de parler avec l’un d’entre eux qui m’expliqua que « Quelqu’un » l’avait envoyé ici en mission, que lui-même avouait ne pas connaître, et que ce « Quelqu’un » était Le Créateur du monde, qu’Il dirigeait  tout et qu’aucune situation n’était le fruit du hasard.

 Je fus bouleversé, et lorsque je repris le combat, je versai un torrent de larmes tout en tirant sur l’ennemi. Je pleurai sur mon ignorance du judaïsme et sur la foi que l’on ne m’avait pas inculquée et qui donne tant de force pour surmonter les épreuves de la vie. Dans un élan d’émotion, je me mis alors à prier D. pour la première fois de ma vie : « Maître du monde ! S’il est vrai qu’il y a un Créateur du monde qui dirige chaque chose et qu’en ce moment même Tu m’entends, alors je te supplie de tout mon cœur… prouve-moi que Tu existes ! Si Tu es là, fais que je quitte ce stupide champ de bataille et qu’une balle touche mon doigt afin que je ne puisse plus tirer ! » A peine avais-je fini de parler que l’éclat d’un morceau de verre dû à une explosion vint me blesser au doigt et je fus ainsi réformé. Je connus ainsi D. dans ma propre chair, dans un dialogue direct. Il est difficile de décrire à quel point ma foi était a ce moment la vivace et inébranlable, à tel point que je promis que, dés la fin de la guerre, j’irais apprendre le judaïsme. » Un long soupir s’échappa alors de sa bouche, et il continua la deuxième partie de son histoire :

« La guerre se termina et je projetai déjà de me rendre, comme je l’avais promis, à la maison d’étude. Or je tombai dans le piège… Avant la guerre j’avais fait des études d’agronomie et il ne me restait « que trois petits mois » pour obtenir mon diplôme. Je me dis qu’après tant d’efforts, il était dommage de s’arrêter juste avant la fin, et puis il fallait bien que j’aie un métier pour gagner ma vie…Je décidai donc de terminer mes études, d’avoir un métier et d’aller ensuite étudier le judaïsme. J’étais cependant tenaillé, et je ne cessais de penser d’un côté aux calculs relatifs à mon métier, au coût de la vie, à la famille que j’aurais un jour à assumer… et de l’autre à mes sentiments, à ma reconnaissance envers D., et à mon envie de Le connaître et de me connaître en tant que juif.

 Je ne savais pas, malheureusement, que lorsque le cœur est éveillé et veut agir, il ne faut pas manquer cette occasion de lui donner satisfaction à l’instant même de son impulsion, en le laissant nous guider quand il s’agit de faire le bien, parce qu’autrement il se refroidit, et tous nos nobles projets tombent dans le néant et l’oubli. C’est exactement ce qui m’est arrivé ! Après avoir fini les quelques mois d’étude qui me restaient, mon cœur s’était déjà refroidi et transformé en pierre. Bien que j’allasse régulièrement à la synagogue afin de rencontrer des juifs qui me guidaient dans la religion, je ne ressentais déjà plus d’émotion et n’avais plus de goût à tout cela. Voila pourquoi je suis finalement demeuré tel quel, tel que tu me vois aujourd’hui ». Puis il ajouta, la voix entrecoupée de sanglots : « Si seulement j’avais alors saisi l’occasion qui s’était présentée à moi, c’est sûr qu’aujourd‘hui c’est moi qui vous aurais expliqué ce qu’est le Chabbat et non l’inverse… Si je raconte cela, c’est afin que tu saches  qu’il faut toujours agir lorsque le cœur est chaud, et ne pas laisser l’intellect et le mental prendre le dessus… »

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