Dov UzanPensée JuivePirké Avot- Les Maximes des Pères

L’humilité selon Rabbi Lévitas & Rabbi Meir

par Dov Uzan

« Rabbi Lévitas de la ville de Yavné a dit : Soyez très très humble […]
Rabbi Meir a dit : « Soyez humble devant chaque homme»  »

 

En ivrit (hébreu) le mot « très » se dit « méod » מאד. Le מ représente משה (Moché). Le א représente אברהם (Avraham) et le ד représente דוד (David).
Il est marqué dans la guémara houlin : Hakadoch Baroukh hou a dit : « Je suis satisfait de vous car même dans un moment où vous étiez au plus haut vous avez su vous faire petit. J’ai donné la grandeur à Avraham et il a dit : Je suis de la terre et de la cendre. J’ai donné de la grandeur à Moché et à Aaron et ils ont dit : Et nous, qu’est-ce que nous sommes ? J’ai donné de la grandeur à David et il a dit : Je suis une chenille, une vermine. ».
Si eux, malgré leurs statuts, ont été très humbles, alors à plus forte raison, nous qui sommes petits comme des fourmis, nous devons être très très humbles.

Mais les goyim (nations) n’ont pas réagi ainsi. Hachem témoigne ; « J’ai donné la grandeur à Nemrod et il a dit ; Venez, nous allons construire une ville, et à l’intérieur une tour qui montera jusqu’au ciel. ». Paro (pharaon) a dit ; Qui est ce D.ieu pour que j’écoute sa voix. Nebouhanetsar (qui a détruit le premier temple) a dit : Je vais monter sur les hauteurs et je vais ressembler à Hachem. Hilam, le roi de tsor, a dit : Je me suis assis sur le trône d’Hachem au cœur des océans.

Rav Ben Tsion Aba Chaoul ramène que dans la guémara Sanhedrin il est écrit ; « Chacun a l’obligation de se dire : C’est pour moi que le monde a été créé. ». Nous voyons par-là que l’humilité ne veut pas dire que l’homme doive se sentir comme une serpillière, qu’il ressente qu’il n’a aucune valeur et qu’il n’y a pas de nécessité à ses actions.

L’humilité s’exprime par nos actions et nos pensées, par ce que nous savons et nous croyons que tout ce que nous savons et comprenons est uniquement un cadeau d’Hachem.
D’un côté il est marqué qu’il faut s’enorgueillir dans les chemins d’Hachem et de l’autre côté il est marqué que l’orgueil est une abomination aux yeux d’Hachem. Le rav Ben Tsion explique que le premier verset fait référence au passé alors que le second fait référence au futur. Pour ce qui est du passé nous devons nous montrer humbles car ce que nous avons réussi cela est grâce à Hachem. Par contre pour le futur nous devons être orgueilleux, c’est-à-dire ambitieux, aller de l’avant. Si nous ne nous sommes pas investi jusqu’à maintenant, nous devons nous investir plus, être toujours en situation de progrès dans le service d’Hachem. Et même après avoir réussi à nous améliorer nous devons nous sentir petit car le chemin restant à faire est encore long.

On raconte l’histoire qui arriva à Rabi Yonathan Elbeitsit, de passage dans une ville la veille de Kippour. Ayant décidé de passer la fête dans cette ville il se dirigea vers la synagogue et demanda que l’on lui attribue une place pour l’office. Il se retrouva assit à côté d’une personne âgée. Lors de la lecture de la Amida, cette personne âgée élevait un peu la voix dans certains passages, et, lorsqu’il arriva au moment de dire Al Hete où nous faisons le repentir, cette personne traduisait chaque phrase en langue allemande, afin de mieux comprendre le sens et de mieux ressentir la profondeur cachée derrière chaque mot. Il disait cela avec une voix pleurante et des larmes étaient visibles dans ses yeux : « Poussière j’étais de mon vivant et, à plus forte raison, après ma mort. Je me présente devant toi remplis de honte. ». Rabi Yonathan fut très ému par cette téfila et après l’office il alla voir le gabay et lui demanda s’il pouvait garder cette place durant tout Kippour pour essayer , lui aussi, de profiter d’une téfila qui amenait autant de sensations. Et c’est ce qui se passa pour Arvit et la téfila du lendemain matin. Mais, au moment de la lecture de la Thora il fut témoin d’un incident. Le gabay fit monter en premier quatre personnes et, ensuite, invita cette personne âgée à monter en cinquième.

La personne se leva, énervée qu’on ne lui offrit que la cinquième montée et non pas la troisième ou la quatrième qui sont des montées plus respectueuses que l’on offre généralement à des personnes importantes, fixa le gabay et lui dit d’une voix énervée : Imbécile, à un tel et à un tel tu as offert la troisième et la quatrième montée et pourtant ces personnes ne m’arrivent pas à la cheville en sagesse. Qui t’a elu pour que tu sois gabay ? Retourne siéger chez toi. Et il continua de plus belle à insulter le gabay. Une autre personne fut invitée à monter lire la cinquième montée et l’incident fut oublié. Rabi Yonathan était cependant choqué par ce qu’il avait entendu. Entre la fin de Moussaf et minha, lors d’une pause, Rabi Yonathan en profita pour interroger la personne âgée sur son comportement : « Comment une personne qui, un instant avant traduit ce qu’il dit en allemand pour bien comprendre chaque mot et disait : Poussière j’étais de mon vivant et, à plus forte raison, après ma mort. Je me présente devant toi remplis de honte, et ensuite pouvait s’adresser avec autant de véhémence et de façon si grossière avec le gabay J’aurai pu comprendre cela d’une personne qui aurait lu la Amida sans approfondir le texte mais, comment, toi, tu as pu t’emporter comme cela ? ».
La personne âgée, étonnée de la question, répondit : « Quand je suis dans la Amida je suis devant Hachem et, par rapport à lui qui suit je ? si ce n’est de la poussière. Et je suis plein de honte. Mais devant un homme ce n’est pas pareil. Ce gabay a fait monter deux personnes qui ne m’arrivent pas à la cheville, cela est son choix, mais il n’aurait pas dû alors m’offrir la cinquième montée. »
A ce moment Rabi Yonathan dit : Je comprends ce qui est marqué dans la guémara Houlin. Que ce qu’a dit Moché est plus grand lorsqu’il a dit : « Qu’est-ce que je suis. » que ce qu’a dit Avraham : « Je suis de la poussière et cendre. ». Car la cendre ne vaut rien dans ce monde. Que peut-on en faire ? La réponse est qu’Avraham s’adressait à Hachem alors que Moché s’adressait à ses élèves. Et malgré tout il a dit : « Qu’est-ce que je suis. ». Nous voyons par-là que la personne âgée n’a pas compris que la vraie sagesse n’est pas tant de se rendre petit devant Hachem mais de se rendre petit devant chacun et même devant plus petit que soi.

Même si une personne est pleine de Thora et de mitsvot, comme Moché Rabénou, toute sa Torah n’est rien s’il est orgueilleux car Hachem a dit que cela est une abomination et il témoigne que lui et cette personne ne peuvent pas vivre ensemble dans le même endroit. La guémara, dans Arhin, précise que l’orgueilleux ne se réveillera pas lors de la triat amétim (résurrection des morts.).

Pour cela l’homme doit se rabaisser car plus un homme est grand et plus Hachem sera pointilleux sur toutes ses actions. Il faut avoir constamment devant ses yeux ses fautes et se dire : A quoi cela sert que je m’enorgueillisse lorsque les autres personnes me flattent car ils ne me connaissent pas réellement. Ils me flattent car ils ne voient que mes bonnes actions mais ne voient pas, à cote de cela, les fautes que j’ai commis et les mauvais traits de caractère que je n’ai toujours pas amélioré.

Rabénou Béhayé ramène qu’il a été demandé à un des haham (sage) ce qu’il lui a valu d’être le grand de sa génération. Il a répondu que la raison en était qu’il n’avait jamais rencontré une personne qui n’était pas meilleure que lui.Si elle était plus sage que moi je me disais dans mon cœur que cet homme est à priori également plus craignant Hachem que moi. Si elle était moins sage que moi je pensais que le dossier qu’il allait présenter à Hachem à 120 ans sera plus léger que le mien car, pour lui, les fautes qu’il commet sont involontaires car soit il ne sait pas que c’est interdit soit, même s’il le savait, il n’en connait pas forcement la gravité. Alors que moi qui connait la gravité de mes fautes, celles-ci sont considérées comme volontaires et donc mon dossier sera plus lourd.Si elle était plus vieux que moi je me disais que, vu le nombre d’années qu’il a de plus que moi, elle a pu faire plus de mitsvot et donc a plus de mérites.Si la personne était plus jeune que moi je me disais que ses fautes sont moins nombreuses que les miennes.Si elle était plus riche que moi je me disais que son mérite, dû à la mitsva de la tsédaka qu’il pouvait faire et grâce à laquelle il pouvait aider et soutenir des familles entières, le rendait plus méritant que moi.Si elle était plus pauvre que moi je pensais qu’elle devait être plus humble que moi car de quoi un pauvre peut-il s’enorgueillir ?

Et si je voyais un homme qui me ressemblait ; même âge, même sagesse, même niveau de vie, alors je me disais que, peut-être, son cœur était plus pur que le mien. A force de penser de la sorte je respectais tout le monde et me rabaissais devant chacun.

On ramène un autre récit d’un ancien élève du rav Eliaou Loupian qui s’en était allé habiter aux Amériques et qui, revenant en Israël, fut hébergé chez son ancien rav. Un matin où il se levait top pour se préparer pour la téfila il trouva son rav déjà habillé et assis près de la fenêtre en train de murmurer des paroles indistinctes avec sa bouche. En se rapprochant il l’entendit prononcer les paroles du verset de dévarim : « N’emmènes pas une abomination dans ta maison car tu seras repoussé comme lui. Au contraire il faut le repousser car c’est une abomination aux yeux d’Hachem. ». Quand il demanda plus d’explications au rav, celui-ci lui répondit que l’orgueil est une faute très grave et c’est pour cela qu’il se préparait avant d’aller à la yéchiva car, lorsqu’il y arrivait tout le monde se levait par respect. Puis lorsque commençait la téfila l’ensemble de l’assemblé attendait que je termine mon Chéma avant de continuer. Et cela est pareil pour la amida. Tout cela pourrait flatter mon égo et donc je m’imprègne par avance, dans mon cœur, de la gravité de l’orgueil comme cela est écrit dans michlé : « C’est une abomination aux yeux d’Hachem celui qui a le cœur orgueilleux. »

Le Hafets Haïm nous met en garde à propos de ce qui marqué dans la guémara Kidouchin et qui précise que nous ne recevons pas de récompenses pour une mitsva effectuée dans ce monde et que ce salaire immense est réservé pour le Olam Aba (monde futur). Si une personne s’enorgueillit de ses mitsvot et reçoit par là des flatteries, alors il reçoit son salaire dans ce monde car le respect reçu est une chose spirituelle. Rabi Levistar précise également que tout ce qui est matériel ne peut pas nous fournir un salaire, même pour une petite mitsva, alors que le respect et l’orgueil, qui sont des choses spirituelles, peuvent remplacer notre salaire dans le Olam Aba, ce qui est aussi une chose spirituelle.Si une personne s’enorgueillit de ce qu’elle fait elle peut être surprise en arrivant là-haut de se retrouver pauvre car elle a déjà reçu tout son salaire dans ce monde. Pour cette raison il faut fuir l’orgueil comme l’on fuirait un feu.

« Très très humble » nous dit le Rav. C’est en effet le seul trait de caractère, l’orgueil, dont il faut s’éloigner de façon extrême. Le Rambam dit que pour chaque trait de caractère, même les mauvais, nous devons en posséder en petite quantité, car, la colère ou la jalousie par exemple, sont, dans certaines situations, positives. Sauf l’orgueil. L’orgueil est l’habit d’Hachem. Lui seul doit en posséder.
La question est : Comment un homme peut arriver à ce niveau d’humilité où il ne ressentirait plus rien, même lorsqu’on le rabaisse ou qu’in lui fait honte ? Rabi Yehezhiel Levinstein répond à cela que ce niveau peut être atteint chez une personne pour qui toute son existence est spiritualité. Qui ne vit qu’avec Hachem et, si ce n’est sa vie spirituelle, rien ne le touche. Et, conclut Rabi Yehezhiel, cette personne ne ressent rien si on le rabaisse car ses ambitions sont seulement de se rapprocher d’Hachem. Chacun d’entre nous se doit de voir combien nous sommes loin de ce niveau car, non seulement cela nous touche lorsqu’une personne nous fait honte, mais, pire que cela, nous nous en prendrions à elle. Ce qui est la preuve que nous sommes plus proche des besoins de notre corps que des besoins de notre néchama (âme).

Rabi Yehezhiel continu : Pour avoir de l’humilité nous nous devons de savoir la grandeur d’un juif qui est créé à l’image de D.ieu Du moment où nous reconnaissons l’importance de chaque homme cela nous entraine à avoir de l’amour pour chaque juif. Car la raison pour laquelle nous n’aimons pas une personne vient du fait que nous sommes tournés exclusivement vers les aspects matériel de notre corps. Et, de la même façon que nous ne donnons pas de valeur à notre âme, nous ne donnons pas de valeur aux gens et nous pouvons facilement nous laisser entrainer dans la haine. Alors que, du moment où nous reconnaissons la grandeur d’un juif, alors nous allons donner de l’importance à tout un chacun, même à un simple juif.

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