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Mettre des barrières autour de la Torah

Par Dov Uzan

La Torah nous enseigne que plus nous sommes près de la faute, plus nous sommes en danger et plus nous risquons de trébucher. Pour cette raison il faut installer des barrières, c’est-à-dire s’interdire des choses, même permises par la Torah, pour éviter de transgresser un interdit.

Ainsi la Torah interdit à une personne qui est nazir, et donc qui a interdiction de boire du vin, de manger également la peau du raisin ainsi que ses pépins. Et ainsi agissent nos sages : pour éviter que nous transgressions un interdit de la Torah, ils ont rajouté des interdits supplémentaires, des barrières. Le Yroud (interdiction de s’isoler avec une femme) en est un exemple.

Hachem connait le danger qui existe au dehors lorsque nous sommes confrontés au monde. C’est la raison pour laquelle, lorsque le peuple d’Israël est sorti d’Egypte, Hachem les a protégés grâce aux Anané kavod (des nuages) qui établissaient une séparation avec le reste du monde et avec les autre peuples. Ces nuages étaient sur les côtés et ainsi nous n’étions qu’avec la présence d’Hachem et donc nous ne pouvions que nous améliorer de jour en jour.

A cette époque, le peuple devait faire la guerre pour arriver jusqu’à la terre promise et l’acquérir. Les peuples alentours avaient entendu ce qui s’était passé en Egypte et avaient très peur. Balak, roi de Midian, a fait appel à Bilam pour se protéger. Bilam, qui était un grand prophète chez les goyim, devait maudire Israël. Mais Hachem ne l’a pas laissé faire. Toutes les malédictions que Bilam voulait dire étaient transformées, dans sa bouche, en bénédictions pour le peuple juif. Lorsque Bilam se rendit compte qu’il ne pourrait jamais prononcer des malédictions, il conseilla à Balak de procéder avec ruse. Il lui dit que Hachem détestait la débauche, et que, s’il proposait à un juif d’aller avec les femmes de Midian, il n’acceptera pas. Il fallait d’abord les attirer avec des choses permises par la loi, et une fois pris au piège, ils pourront alors tomber dans la faute. Il lui conseilla de proposer une grande vente de lin à moitié prix, comme vendeuses de mettre des vielles femmes, et pour prendre la marchandise, de les envoyer la chercher dans des entrepôts isolés, où ils seraient reçus par de jeunes femmes.

Comme il n’y avait pas d’interdit pour acheter du lin, les juifs allèrent et achetèrent ces étoffes. Mais une fois seuls dans la pièce, la jeune serveuse leur proposait du vin, ce qui à l’époque n’était pas interdit, même si cela était du vin goy. Ils acceptèrent donc et, une fois éméchés, voulurent fauter avec ces jeunes femmes, qui acceptèrent de fauter à la condition, qu’en préalable, ils se prosternent devant leurs idoles. De nombreux juifs commirent, en cet instant, deux fautes très graves : mauvaises mœurs et idolâtrie. La ruse était très subtile car boire du vin ou acheter du lin n’étaient pas des fautes, mais ils ne pouvaient plus se maitriser lorsqu’ils étaient éméchés et seuls avec de jeunes femmes. En fait leur seule erreur était, au départ, d’être sortis de sous la protection des nuages.
Ainsi agit le mauvais penchant avec nous, il n’est pas pressé, il sait qu’il nous fera tomber même si cela lui prend des années, cela n’est pas grave pour lui car c’est l’objectif final qui l’intéresse.

Il n’est pas bète.il sait très bien, par exemple, que s’il va voir une personne religieuse et lui propose directement de manger du cochon, il se heurtera à un refus. Alors, doucement, doucement, il va le faire passer devant ce restaurant non cacher, puis une autre fois organiser un rendez-vous d’affaire avec un goy qui mange du cochon dans ce restaurant. Et ainsi, progressivement, cela devient de moins en moins grave pour lui, jusqu’à ce qu’à la fin ce juif finira par fauter, car il sera tombé entre les mains du Yetser Ara qui peut alors faire faire de lui tout ce qu’il veut, même commettre les plus grandes fautes.

Un jour une personne voulait poser une question au Gaon de Vilna. Il se renseigna sur l’endroit où il pouvait le rencontrer et il découvrit qu’il vivait toute l’année dans une salle isolée et n’en sortait qu’à de rares occasions. Lorsqu’il rencontra le Rav, cette personne lui dit « Rav, vous n’avez pas tellement de mérite d’être le Gaon de Vilna si vous vivez dans cette salle isolée du monde. La force est d’être confronté au monde et malgré cela d’être le Gaon de Vilna. ». Le Rav répondit que si cela était la seule chose que l’on pourra me reprocher à 120 ans, alors cela me convient.

En effet, les hahamim, qui écrivent des livres de morale de nos jours, comparent le Beth Hamidrach (maison d’études) à la Téva Noah (l’arche de Noé) car cela est l’endroit où nous sommes le plus en sécurité par rapport aux dangers qui existent dehors : les femmes qui marchent dans les rues avec des habits qui les couvrent de moins en moins, les hommes qui parlent mal en disant des grossièretés dans chaque phrase, etc… Cela nous entraine inconsciemment vers le mal et nous amener à avoir de mauvaises pensées interdites, à utiliser des mots pas très corrects. Alors que lorsque nous nous trouvons au Beth Hamidrach nous pensons et parlons Torah.

C’est pour cela qu’il faut s’éloigner au maximum de l’épreuve et se mettre des barrières. Et plus nous nous y tenons solidement, et plus nous nous protégeons du mauvais penchant.

Hormis les limites que les hahamim ont fixées, nous devons nous mettre nous-même des barrières sur les sujets pour lesquels nous nous savons faible. Par exemple, si une personne se sait coléreuse, elle doit trouver des astuces pour éviter de se mettre en colère. Le conseil est, par exemple de prendre sur soi, de mettre une pièce dans la tsédaka, ou d’inscrire un trait sur une feuille de papier. Au bout de quelques jours nous verrons que les progrès commencent à arriver car nous ne nous rendons pas suffisamment compte de notre état et le fait de le noter nous permet d’en prendre conscience. Ce processus nous permet de voir ce qui se passe vraiment. Cela risque de nous choquer et de nous attrister mais si nous avons suffisamment de volonté nous pouvons arriver à changer.

Une fois, une femme et ses enfants ont reprochés au père de sortir de ses gongs et qu’poussait de grands cris chaque fois qu’il se mettait en colère.
Le père leurs répondit qu’ils exagéraient.
Les enfants décidèrent alors d’installer une caméra dans le salon pour filmer la prochaine colère du père. Une fois la scène terminée ils lui montrèrent le film. Le père n’en revenait pas et il décida par la suite de changer.

Un rav rusé et qui savait qu’une colère arrive subitement et que quelques minutes après nous le regrettons, acheta un habit spécialement dédié aux colères. Chaque fois qu’il sentait qu’il allait se mettre en colère il courrait mettre cet habit, et, le temps qu’il enlève celui qu’il portait et mettait l’habit spécial, il avait le temps de se calmer.

Un autre conseil est de faire particulièrement attention lorsque nous avons faim ou lorsque nous sommes fatigués car ce sont deux paramètres qui font sortir l’homme de son état normal et qu’alors un rien peut le mettre en colère. Dans ces moment-là c’est une mitsva de courir se reposer ou de manger, et, en attendant, d’éviter de côtoyer du monde. Et si nous sommes à cet instant en compagnie, alors éviter de parler et, ainsi, nous pouvons éviter de se mettre en colère. Et même si nous continuons de nous mettre en colère, il faut continuer de travailler sur soi-même car nous devons savoir que travailler sur nos traits de caractère prend plusieurs années.

Le Hafets Haïm, qui a écrit un livre sur le Lachon Ara, témoigne qu’il lui a fallu 18 ans pour dominer sa parole. Le travail est long mais nous devons nous dire que nous avons toute notre vie pour arriver à notre objectif. Il faut se donner des objectifs, et ne jamais tomber dans le découragement, même s’il nous arrive de retomber dans notre erreur car, et l’on ne sent rend pas bien compte, mais petit à petit nous progressons si nous continuons de nous battre. Le Rav Benhamou a comparé ce monde à un ring de boxe. Nous sommes face à face avec le mauvais penchant. Il nous fait tomber mais nous nous relevons, et, quand nous arrivons de temps en temps à nous maitriser, c’est alors nous qui le faisons tomber.

Pour cela il faut, au début, se fixer des petits objectifs, comme par exemple de faire attention de ne pas nous énerver pendant une heure dans la journée, et choisir une heure où l’on se sait tranquille ? Puis augmenter notre objectif doucement.

Et il en est de même pour toutes les mitsvot, pour finir par les accomplir comme il se doit et comme Hachem désire qu’elles soient. Il faut y aller pas à pas. Par exemple pour ce qui concerne la téfila (prière) nous devons commencer par comprendre ces prières et donc faire un effort de traduction. En commençant par le premier paragraphe et se faire aider par d’autres sur la profondeur que les hahamim ont cachés à l’intérieur de ces mots. Et une fois notre travail sur le premier paragraphe terminé, alors nous pouvons passer au second, et ainsi de suite. Et après ce travail de traduction, nous devons continuer, tout au long de notre vie, et passer au travail de concentration. Apprendre à rester concentrer pendant le premier paragraphe, puis pendant les suivants, sur les mots que nous prononçons et ne pas laisser notre tète partir vers des pensées annexes.

Chaque personne doit faire le bilan de ce qu’il est, autant pour ses traits de caractères que pour la qualité de ses mitsvot, et fixer toutes les semaines ou tous les mois un nouveau bilan de soi. Si nous sommes en progrès, même de peu, cela est bon signe, mais si nous voyons que nous stagnons c’est mauvais signe, et dans ce cas il faut consulter un rav pour étudier avec lui comment changer le programme de travail.

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