Itshak NabetTazria Métsora

Apprendre à garder sa langue

par Itshak Nabet

Un jour, deux religieux entrèrent dans une auberge pour y passer la nuit. A l’heure du souper, ils interrogèrent le propriétaire sur la cacheroute du repas, sur le boucher qui avait procédé à l’abattage rituel…Après une série de questions, ils acceptèrent de prendre leur dîner. Alors qu’ils attendaient attablés, les deux compagnons se mirent à discuter d’une connaissance commune. L’aubergiste qui entendait tout le mal déversé sur cette personne se tourna vers eux et leur dit: « Comment pouvez-vous faire si attention à ce qui entre dans votre bouche et être si peu vigilants à ce qui en sort? »

Cette histoire connue exprime le lien entre la paracha de Chémini que nous avons lue la semaine dernière, et qui traitait des animaux permis et interdits, et les parachiots Tazria et Metsora qui détaillent les maux et les punitions qui frappent celui qui fait du Lachon Ara par ses propos médisants. Comme nous le savons, la Torah interdit de nombreuses paroles. La première catégorie se nomme le Lachon Ara. Ce terme, nous enseigne le Hafetz Haïm, s’applique à tout propos péjoratif mais véridique qui ne possède pas de but constructif. Ainsi, lorsqu’une personne raconte le comportement incorrect ou les traits de caractère un peu grossiers d’un tiers, elle transgresse l’interdiction de la Torah de dire du Lachon Ara, même si ses propos n’entraînent aucun préjudice à la victime de ses dires et même si elle parle d’une personne qu’elle aime beaucoup. La seconde sorte de Lachon Ara est constituée de toute parole qui cause un dommage financier, matériel ou moral, même si celui-ci n’est pas péjoratif. Il existe aussi dans les propos interdits la Rékhiloute qui consiste à dire des choses qui font naître de la haine entre deux personnes. Et enfin le Motsi Chem Ra, l’interdiction de dire des paroles fausses au sujet d’un juif.

Ce qui est le plus étonnant, lorsque que l’on étudie les interdictions liées à la parole, c’est la gravité de cette faute. La guémara, dans le traité de Arkhin (15, b) enseigne au nom de Rabi Ischmaël que la faute du Lachon Ara est équivalente aux trois fautes les plus graves: le meurtre, l’idolâtrie et l’inceste. Rabi Yohanan apprend que celui qui tient ces propos agit comme s’il niait la présence de Dieu. Rech Lakich, lui, disait que sa faute monte jusqu’au ciel. Rav Hisda affirme que celui qui profère continuellement du Lachon Ara mérite la lapidation…Nous allons essayer de comprendre pourquoi la Torah est aussi sévère avec celui qui transgresse ces lois.

Le rav Pinkous zal explique que les scientifiques, les philosophes et les penseurs ont toujours eu du mal à définir le statut de l’homme face au reste de la création. Est-ce un animal qui parle? Ou une bête qui travaille? La Torah donne une définition précise dès sa création: l’homme est un être doué de parole, afin de prier et d’étudier la Torah explique le Zohar. Ainsi l’homme se différencie-t-il des autres créatures dans la mesure où il peut se lier à Dieu. Cependant, lorsqu’une personne dit du Lachon Ara, elle salit sa bouche, son outil pour se rapprocher d’Hachem. Ses prières ne sont plus écoutées et son étude perd de sa qualité. Cette personne, à cause de ses mauvaises paroles, perd sa chance de s’élever et, à l’image du serpent, elle s’éloigne définitivement du Créateur.
Le Hafetz Haïm donne de nombreuses explications sur la gravité de cette faute. L’une d’entre elles est que la Torah exige deux témoins pour punir un acte. Ainsi, lorsque le Satan veut accuser un fauteur, sa parole n’est pas prise en compte tant qu’il ne possède pas un autre témoignage. C’est pourquoi tant que personne ne révèle la faute de son prochain, celui-ci ne peut être ni accusé ni puni pour ses pêchés. Mais si malheureusement une personne raconte ses actes, le Satan s’associe à elle pour condamner le fauteur et le lui faire payer.

Désormais, nous pouvons comprendre pourquoi nos sages nous ont tellement mis en garde de ne pas dire du mal d’autrui, car chaque parole péjorative représente une flèche tirée vers nos amis. A la lumière de ces enseignements, nous pouvons comprendre pourquoi, depuis quelques années, la liste des malades, des malheurs et des souffrances spirituelles et matérielles ne cesse de s’allonger. A cause des nouveaux moyens de communication, la parole est devenue presque incontrôlable. A chaque minute, une personne peut salir sa bouche et condamner son frère. Notre seule solution pour arrêter ce fléau est de faire attention à nos paroles, d’étudier les lois concernant ces interdits et de prier Hachem qui nous protège des fautes. Alors retenons les leçons de cette paracha et essayons de nous perfectionner dans cette Mitsva, amen ken yéhi ratson.

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