Dov UzanPensée JuivePirké Avot- Les Maximes des Pères

L’enseignement de Ben Azaï

par Dov Uzan

Ben Azaï dit : » Il faut courir pour une petite mitsva comme on le ferait pour une grosse. Il faut se protéger d’une avéra car si une mitsva entraine une autre mitsva, une avéra entraîne une autre avéra. Le salaire d’une mitsva est une mitsva et le salaire d’une avéra est une avéra. »

Les hahamim se demandent pourquoi Ben Azaï fait dépendre le fait d’accomplir une petite mitsva pour la raison qu’une mitsva en entraine une autre et ne nous enfuir devant l’avéra pour que nous n’en fassions pas une autre ? Il aurait pu simplement nous dire que nous devons courir vers les mitsvot et se sauver des avérot car c’est la volonté d’Hachem.

Rabi Réouven Kats écrit à ce propos que la petite mitsva fait référence aux mitsvot que nous accomplissons de façon « Chélo Lichma » (de façon intéressée), c’est-à-dire que nous ne faisons pas cette mitsva parce qu’on nous l’a ordonné mais parce que nous en retirons un profit personnel. A l’inverse une avéra est toujours faite de façon « lichma » c’est-à-dire que nous la faisons pour le profit que nous en retirons.

Le Rav nous enseigne qu’une mitsva entraine une autre mitsva et, qu’avec le temps, nos petites mitsvot nous amènerons à en faire de plus grosses, et que même celles-ci deviendrons « lichma » car les actions que je ferais dans ma vie ne seront orientées que par la volonté d’Hachem. De la même manière le fait de fuir les avérot nous convaincrons qu’elles ne sont pas bonnes pour nous et nous pourrons arriver, avec le temps, à ne plus récidiver. Et si nous récidivons cela ne sera pas de notre volonté mais par inadvertance.
Ce principe est mentionné dans la guémara de Psahim : Constamment l’homme doit s’affairer dans la Torah et les mitsvot, même « chélo Lichma », car en commençant « chélo lichma » on arrivera au « lichma » (intéressée pour Hachem, désintéressée pour nous).

Un homme s’adressa un jour à Rabi Yéhouda Leib Achleg et lui avoua qu’il aimait bien manger. Il lui dit : Comment sais-je qu’un repas sera bon ? C’est lorsque, quand je le goute, il réclame à être mangé, encore et encore. Le Rav lui répondit que cela était pareil dans le service envers Hachem. Plus un homme aime le service et plus il en rajoute, pour accomplir encore et encore plus de mitsvot. Cela dans la quantité ou dans la qualité.

Le Rav Arié Leib Baronne explique que le fait de courir après la mitsva montre notre empressement et la joie que nous avons à l’accomplir. C’est ce principe que le rav Ben Azaï a voulu nous enseigner quand il nous dit qu’une mitsva entraine une autre mitsva. Cela se témoigne par le degré d’empressement et de joie que nous éprouvons. Plus l’intensité est forte et plus nous désirons recommencer, et donc le nombre de mitsvot ira en augmentant. Et cela est pareil pour les avérot : plus je m’enfui devant une avéra, et plus je me met des barrières et moins j’ai envie de récidiver, et donc le nombre d’avérot ira en diminuant.
Selon ce principe, la guémara de Chabbat dit que, grâce à toutes ces mitsvot qu’Israël a reçu dans la joie, le peuple juif, dans le futur, continuera à les faire avec joie.

C’est une des raisons pour lesquelles, même de nos jours, un grand nombre de juifs, même les plus éloignés, respectent la mitsva de Brit Mila, car Avraham la reçu avec joie malgré son âge avancé de 99 ans. Cela à permis d’inscrire cette mitsva dans les gènes de ses descendants pour qu’ils puissent continuer dans le chemin qu’il avait tracé.
Il nous faut donc penser que, lorsque nous courrons vers une mitsva, c’est en fait deux mitsvot que nous accomplissons car la course est, elle-même, considérée comme une mitsva. Hachem nous récompense. De même si nous courrons vers une avéra, Hachem nous puni doublement.
Commencer de courir vers les petites mitsvot renforce les fondations d’un homme. Puis une fois qu’il s’est habitué à ces petites mitsvot, celles qui lui paraissaient grandes au début se présentent à lui désormais comme facile à accomplir. Alors que celui qui veux d’abord exécuter les plus grandes mitsvot va faire face à leurs poids et à leurs difficultés et peut se décourager, comme une personne qui voudrait, sans expérience, atteindre, d’un coup, le haut d’une échelle branlante, cela est un moyen qui s’avère plus long que de monter marche par marche. Ce qui est une procédure plus certaine pour arriver au but. Une fois qu’il aura surmonté ses appréhensions et se sera habitué à toutes les petites mitsvot, cet homme pourra surmonter les difficultés pour accomplir les grandes.

Un soir, Rabi Itshaq attendait pour réciter la bircat Halévana (prière sur la lune). Celle-ci était voilée et il est interdit de réciter cette prière tant que la lune n’est pas visible nettement. Apres quelques minutes d’attente il s’est rendu compte que les gens qui l’entouraient et qui attendaient avec lui commençaient à s’impatienter. Le Rav s’est tourné vers eux et leur a cité notre enseignement ; Une mitsva entraine une autre mitsva, et leur dire : « Ne soyez pas pressés car le fait même d’attendre est une mitsva. »

Le Rav Moché Feinstein propose une autre explication à cet adage : Une mitsva entraine une autre mitsva. Lorsqu’une personne met de la qualité et de l’empressement dans l’accomplissement de sa mitsva ou dans sa façon de se comporter, cela va inciter une autre personne qui le voit à vouloir le copier et donc à s’améliorer. A l’inverse, si nous côtoyons une personne qui fait des avérot, nous devons nous sauver et nous éloigner d’elle car elle risque de nous entrainer dans son mauvais chemin et je cours ainsi le risque de trébucher moi-même.

La formation du peuple juif a commencé en Egypte. En voyant tous les miracles qu’Hachem a réalisé, cela a gravé en nous la foi et la crainte envers Hachem lorsque nous avons vu qu’il maitrise le monde, les végétaux, les minéraux, la terre, les bêtes, les hommes, lors des 10 plaies. La fin de cette formation a eu lieu après la faute du veau d’or, lorsque Moché cassé les tables de la loi. Cela nous appends l’influence que la faute d’un juif peut avoir sur l’ensemble d’Israël. Les tables ont étés dites et ont étés écrites par la main d’Hachem, et malgré cette sainteté elles ont pues être détruites. Cela doit nous rendre vigilent et se sauver de la faute.

Cet enseignement nous permet d’apprendre que l’avéra cours après l’homme et la seule solution est de se sauver d’elle. A l’inverse la mitsva nous fuit et donc c’est à nous de courir derrière elle pour l’acquérir. Rabi Haïm de Volozin explique que la fondation du service d’Hachem est basée sur le libre arbitre de l’homme. Le Yetser Atov (bon penchant) et le Yetser Ara (mauvais penchant) doivent, pour cela, être équivalents. Si les mitsvot courraient également derrière l’homme comme les avérot, tout le monde choisirait de faire des mitsvot, car notre néchama (âme) nous attire vers le bien. De la même façon, si la mitsva et l’avéra fuyaient devant l’homme, sa néchama nous pousserait plus vers l’accomplissement des mitsvot. Et donc l’homme n’aurait plus son libre arbitre. C’est la raison pour laquelle la mitsva nous fuit et que l’avéra nous poursuit, notre libre arbitre doit choisir entre le bien et le négatif, entre deux équivalences.

Il est marqué dans la guémara Nazir qu’une femme qui a fait un vœu, et que son mari lui annule ce vœu sans qu’elle soit au courant de cette annulation, et qu’elle transgresse son vœu de son propre chef, alors elle doit quand même demander pardon pour ce qu’elle a fait. Lorsque Rabi Akiva arrivait à ce passage il se mettait à pleurer. Car, si une personne qui souhaitait manger du non cacher mangeait par erreur de la nourriture cacher était déjà punie, à plus forte raison une personne qui souhaitait manger pas cacher et qui mangeait finalement non cacher recevrait une punition plus grande. Rabi Akiva pleurait car il avait conscience de la gravité d’une faute.

Pourquoi y-a-t-il des fautes que nous faisons et pour lesquelles nous n’éprouvons rien ? Si une personne vole, elle a honte, ne se sent pas bien. Il en est de même s’il tue. Mais si une personne a raté sa téfila, ou dit du Lachon Ara, cela ne la dérange pas ? Pourtant cela est aussi grave. Rav Dessler explique que lorsque nous commettons pour la première fois une faute nous éprouvons de la tristesse et de la honte, de même lors de la seconde fois. Mais à la troisième fois nous n’éprouvons plus rien car nous nous somme habitué à ce comportement et que nous avons perdu conscience que cela est interdit. Il y a une différence entre savoir une chose et la faire pénétrer dans son cœur. Tant que cela n’est qu’une connaissance cela reste extérieur à notre vie. Il nous faut intérioriser l’interdit, et pour cela il faut nous renforcer dans la crainte d’Hachem et se demander : Combien chaque faute commise lui provoque de la peine et peut lui nuire à soi-même.

Quand le Rav nous dit que le salaire d’une avéra est une autre avéra cela signifie qu’après la faute nous devenons collé à notre mauvais penchant, et pour nous sauver de son emprise et ne pas continuer à fauter cela va nous demander énormément d’efforts. Nous n’aurons pas d’aide d’Hachem car il agit « mesure pour mesure », et comme nous même nous ne sommes pas protégé, que nous n’avons pas placé de barrières pour éviter les fautes, alors Hachem nous laisse nous débrouiller, dans le chemin que nous avons choisi avec notre libre arbitre. Le Rav nous dit donc : Sauves toi de la faute pour éviter de te trouver dans une situation où il sera délicat d’en sortir. Dans la parabole qui suit, il s’agit d’un homme qui disposait de deux tables dressées devant lui. Une à sa droite et une à sa gauche. Sur celle de droite était disposés des gâteaux très durs, avec un mauvais gout, mais l’on savait qu’au fond du gâteau il y avait une pierre précieuse. Sur la table de gauche était posés des gâteaux, l’un meilleur que l’autre, mais au fond de ces gâteaux il y avait du poison. Celui qui mange les gâteaux de la table de droite va passer un mauvais moment, il va peut-être se casser les dents, mais par la suite il aura droit à la richesse. Celui qui, au contraire, va manger ceux de la table de gauche va éprouver un grand plaisir sur le moment, mais cela sera dangereux pour lui après un moment. Qui sera le fou qui va choisir ces gâteaux dangereux ? Tout le monde va se servir en gâteaux de la table de droite et malgré leurs mauvais gouts vont les manger avec une grande joie. La Torah et les mitsvot se présentent à l’homme comme ces gâteaux durs, surtout au début. Nous avons du mal à la comprendre et à les appliquer mais un trésor indescriptible nous est réservé dans le Olam Aba (monde futur). Si tu t’entêtes dans la Torah et te casses les dents dans l’accomplissement des mitsvot alors tu acquêts les diamants qui sont cachés en elles. Si nous éprouvons tout de suite le kif d’étudier la Torah nous ne ferons plus d’avérot et nous aurons envie de l’étudier jour et nuit. Mais Hachem s’engage à ce que : Si nous pennons pour l’acquérir et passons des heures à essayer de comprendre un passage de la guémara, si nous nous entêtons jusqu’à finalement le comprendre, alors Hachem nous fera ressentir la douceur qu’il y a dans cette Torah, déjà dans ce monde.

Le Yetser Ara nous fausse les vraies valeurs de ce monde. Il nous fait croire que ce qui, en réalité, ne vaut rien ou pas grand-chose a une grande valeur et les gens courent après cette chose. Et, à l’inverse, Il nous fait croire que ce qui, en réalité, vaut beaucoup n’a pas de valeur, que cela n’est bon que pour les parasites, et ainsi nous fait écarter d’elles.

L’avéra à un bon gout lorsque nous y goutons, mais elle entraine une punition dans ce monde et risque parfois de nous faire perdre notre monde futur. Le Rav nous invite donc à la fuir car il sait qu’elle court après nous, qu’elle a un bon gout et qu’elle est attirante, mais les conséquences sont terribles. Le Rav nous dit, à l’inverse, de courir vers la mitsva car il sait également combien cela est dur d’aimer son prochain, d’étudier la Torah alors que nous avons un emploi du temps très charge, de prier avec attention et de s’annuler par rapport à notre prochain.

C’est parce que cela est dur et nous demande un grand travail sur nous même pour casser nos mauvais traits de caractère, qu’Hachem nous donne en échange un grand salaire.

Plus l’investissement est grand et plus ce salaire sera grand.

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