BéréchitItshak NabetParachaVayé'hi

Devenir comme Efraïm et Ménaché

par Itshak Nabet

Dans la paracha de la semaine , Vayéhi, la Torah nous raconte les derniers jours de Yaakov avinou en terre égyptienne. Après dix-sept ans de bonheur et de paix, notre ancêtre réunit ses enfants afin de les bénir une dernière fois. Les premiers à mériter la bénédiction de notre patriarche furent Yossef Atsadik et ses deux fils, Ménaché et Efraïm. Les onze frères de Yossef suivront pour recevoir les prophéties et les adieux de leur père. Ainsi s’achève le premier livre de la Torah, le livre de Béréchit. Il est intéressant de constater que Ménaché et Efraïm sont les seuls petits-fils de Yaakov qui furent invités à être bénis. Et,plus encore, Yaakov prophétisa que par eux seront bénis les enfants d’Israël. Ainsi,lorsqu’un père veut bénir ses enfants, en particulier le vendredi soir, il leur souhaite d’être comme Efraïm et Ménaché. Nous allons essayer de comprendre pourquoi les deux fils de Yossef ont mérité un si grand honneur.

Pour répondre à cette question, nous devons tout d’abord analyser l’étrange comportement de Yossef Atsadik lorsque sa famille immigra en Egypte. La Torah témoigne qu’il fit tout pour diminuer la valeur de ses proches aux yeux de Pharaon. Il ne lui présenta que ses frères les plus fragiles, et demanda à ceux qui étaient plus vigoureux de se faire discrets. Ensuite, il expliqua à Pharaon que ses frères étaient des bergers de père en fils, et qu’ils ne connaissaient aucun autre métier. Or, pour les Egyptiens qui idolâtraient les moutons et les animaux domestiques, il était abominable d’élever et de manger des bêtes aussi « nobles ». Ainsi, personne ne voulut que les fils de Yaakov avinou habitent près de leur ville. On les installa donc à Gochen, une région de pâturage inhabitée, loin de tout. A priori, nous devons comprendre pourquoi Yossef , qui était le vice-président des Etats-Unis d’Egypte ne plaça pas ses frères aux postes les plus importants. Il eût été logique qu’il favorisât Benyamine pour être ministre de l’éducation, Yéhouda chef des armées…alors pourquoi Yossef n’a-t-il pas aidé se famille à s’intégrer?

Nos sages expliquent que les douze tribus avaient très peur de se mélanger aux Egyptiens. Elles savaient combien l’être humain est facilement influençable par son entourage. Et même si ses membres réussissaient à rester intègres en cette terre impure, qu’en aurait-il été de leurs enfants et petits- enfants? Petit à petit, il est évident que les bné Israël auraient appris la langue égyptienne, puis se seraient habillés comme les natifs. A force de travailler avec eux, des liens d’amitié se seraient créés, puis les premiers mariages mixtes. En quelques générations ,les descendants d’Avraham, Itshak et Yaakov auraient entièrement disparu au sein de cette société égyptienne et seraient sûrement devenus idolâtres. Pour parer à ce phénomène inévitable, les frères de Yossef usèrent d’une stratégie. Ils se firent répugnants aux yeux des autochtones afin d’être écartés de la société, isolés vers les régions les plus isolées, la Terre de Gochen.

La Torah, à travers cet épisode, nous montre comment survivre en terre étrangère. La seule solution pour ne pas se laisser attirer par le monde extérieur et les valeurs qui ne sont pas celles de la Torah est de fonder des Terres de Gochen. De choisir de vivre proche des communautés déjà existantes, proche des lieux d’études et de prières, des écoles juives et les centres d’alimentation cacher. Et c’est ainsi que, durant plus de 1800 ans d’exil, notre peuple ne se mélangea pas avec les nations. Il resta proche et fidèle à Dieu. Gardant ses coutumes, ses lois et ses idées… Malgré les pogroms, les difficultés financières puis les expulsions, les bné Israël prirent exemple sur les fils de Yaakov. Ils étaient prêts à tout sacrifier pour garder ce qu’ils avaient de plus précieux: l’Alliance qui avait traversé les siècles et qui les unissait avec Notre Père qui est aux cieux.

Les dix- neuvième et vingtième siècles prouvèrent à quel point la stratégie de nos ancêtres était nécessaire. Les familles attirées par l’argent et le monde moderne commencèrent à s’approcher des grandes villes, des écoles publiques, des postes importants…Et perdirent doucement mais sûrement l’héritage qu’on leur avait confié. Désormais, un juif américain est un Américain avec une kippa. Que nous reste-t-il de notre identité? Quelques coutumes, qui sont les vestiges de notre si belle religion, animent des vies spirituelles tellement appauvries…

Cependant, rien n’est jamais trop tard, même si nous ne sommes déjà plus depuis longtemps des immigrés. Il nous reste la bénédiction de Yaakov à Efraim et Ménaché. N’oublions pas que ces deux fils de Yossef sont nés en Egypte et qu’ils ont grandi là-bas. Ménaché occupait des fonctions importantes dans la maison de Pharaon et, pourtant, tous deux surent créer au fond d’eux une Terre de Gochen. Ils fabriquèrent des murailles de fer afin de se protéger des influences égyptiennes. Et voilà ce que l’on souhaite à nos enfants tous les vendredis soirs. On prie Hachem pour qu’Il les aide à se protéger de toutes les agressions spirituelles et matérielles que ce monde propose. Ainsi, Yaakov bénit-il ses deux enfants pour prouver aux générations futures que même si nous ne pouvons pas nous séparer de l’exil, nous pouvons vivre notre judaïsme et être des serviteurs d’Hachem. Pour cela, nous devons mettre des barrières et des distances avec ce monde d’impureté. Alors qu’Hachem nous protège, ainsi que nos enfants, et qu’Il nous aide à ressembler à Efraim et Ménaché, amen ken yéhi ratson.

Inspiré de Sihat Mordékhaï.

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