Fêtes juivesItshak NabetYom Kippour

La Néïla

par Itshak Nabet

Comme vous le savez, nous accomplissons cinq prières lors de Yom Kipour: celle du soir, du matin, de moussaf, de l’après-midi et celle de la Néïla. Cette dernière,que l’on dit avec ferveur juste avant la tombée de la nuit,est un des moments les plus élevés de l’année. A tel point que le Ramhal zal enseigne que nous sommes pendant ces quelques minutes au niveau d’Adam arichone avant la faute… Essayons de comprendre en quoi cet instant est si spécial.

Il est dit dans le traité de Sanhédrine du Talmud Yérouchalmi ( perek 1; halaha 1) au nom de rabi Yéouda ben pazi: « Même Akadoch Baroukh Hou ne juge pas tout seul. Comme il est écrit:  » Et tous les êtres du ciel se tiennent autour de Lui à sa droite et sa gauche. » En effet, ceux-ci font référence aux anges qui défendent ou accusent l’homme lors de son jugement. Cependant,Hachem est seul à signer le décret. » De même, chacun se tient durant le jour de Yom Kippour devant le Beth Din céleste. Les anges apportent les dossiers, plaident et décident avec le Tout Puissant qui sera inscrit ou non dans le Livre de la Vie.Mais,à la fin de Kippour, lors de la Neïla, Il est seul sur Son trône de Roi et signe les verdicts fraîchement annoncés. A cet instant précis, nous pouvons tous supplier le Juge suprême, notre Père compatissant,de nous gracier et de déverser sur nous toutes les bénédictions que nous désirons.

Le Maguid de Douvno explique,par l’intermédiaire d’une parabole, comment nous devons aborder cette dernière prière de Kippour. Il était,dans un petit village de Russie, un juif qui louait une auberge à un Paritz (seigneur russe). Malgré tous les efforts qu’il fournissait, notre bon aubergiste n’arrivait pas à payer son loyer. Après trois ans de pression et de menaces, le seigneur perdit patience et décida d’envoyer le juif dans un trou. A l’époque, il était fréquent d’enfermer les créanciers en attendant que la famille ou la communauté paie la dette. Autant vous dire que ces prisons portaient bien leur nom. Il s’agissait souvent d’une pièce creusée dans les jardins du Seigneur, sans le moindre confort. A l’approche des fêtes, un des rabbins de la communauté proposa au Paritz de renvoyer l’aubergiste chez lui. Il pourrait ainsi demander la charité aux différents villages de la région et,dés lors,sûrement régler sa dette. Le Paritz accepta l’idée et libéra le juif pendant deux semaines. L’aubergiste se reposa enfin dans un lit, prit une douche et profita d’un bon repas chaud. Les jours passaient et se ressemblaient… Notre bon juif oublia complètement le but de sa sortie et vécut quinze jours de vacances. Vers la fin de Kippour, il s’apprêta à prier la Néïla lorsqu’il vit la nuit qui tombait doucement. Il se rappela soudain que les soldats du Paritz n’allaient pas tarder à venir le chercher. Le seigneur,furieux de le voir sans un sou,le remettrait dans ce trou obscur.

Lorsque nous voyons le ciel s’obscurcir et la montre annoncer la fin de Kippour, nous devons tous nous questionner: a-t-on fait suffisamment Téchouva? Avons-nous assez prié pour nous et  nos proches? Est-ce qu’à la fin de ce jour Kadoch, nous retrouverons notre petite vie quotidienne si loin de la lumière et de la proximité avec Hachem? A l’approche de la Neïla, nous devons ressentir la même inquiétude que notre gentil aubergiste! C’est pourquoi nous devons prendre toutes les forces que nous avons afin de sauver ces derniers instants,pour demander au patron une dernière chance… Qu’Il nous pardonne toutes nos fautes et nous délivre de cet exil amer dans lequel nous vivons depuis trop longtemps.

Enfin,nous devons savoir que cette prière marque la fin des quarante jours de Téchouva,lesquels ont débuté à Roch Hodech Elloul. Pendant cette période, nous avons tous essayé de nous améliorer, et réfléchi à notre comportement et nos obligations. Nous avons multiplié les prières et les bonnes actions. Nos sages ont comparé notre situation,lors de la Neïla,à celle d’un homme qui rentre après un mois de commerce avec une bourse pleine d’argent. Est-il possible qu’il laisse traîner tout son butin, si difficilement acquis? Il paraît évident qu’il va vite enfermer son argent dans un coffre fermé à double tour. Il en de même pour nous. Si nous désirons que notre investissement du mois d’Elloul et de Tichri ne se perde pas et nous serve toute l’année, nous devons l’entreposer dans une pièce et la verrouiller. En faisant Téchouva et en priant sincèrement du fond du cœur lors de  cette Neïla, nous pouvons donc incruster toute la sainteté et la proximité avec Hachem de ces quarante derniers jours en nous. Voila pourquoi il est si important de prendre une petite résolution à ce moment et de hurler vers le Maître du Monde: Aide-nous à vivre près de Toi toute l’année. Alors qu’Il nous donne les forces jusqu’au terme de Kippour, afin de le servir de tout notre coeur et de toute notre âme, amen ken yéhi ratson.Nous vous souhaitons de très bonnes fêtes, une bonne année et vous disons à très bientôt…

 

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