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Les larmes de Léa

par Itshak Nabet

Dans la paracha de la semaine, Vayétsé, la Torah raconte la vie de Yaacov à Haran et ses mariages avec Léa et Rahel. Comme vous le savez, Yaacov était poursuivi par Essav. Sa mère, Rivka, lui ordonna de fuir vers sa maison natale et de chercher une femme. Après avoir été dépouillé par Elifaz, le fils d’Essav, Yaacov arrive sans le sou chez Lavan, le frère de Rivka. « Lavan avait deux filles, Léa, l’aînée qui avaitles yeux abîmés, et Rahel, la cadette, qui était jolie. Yaacov aimait Rahel et proposa à Lavan detravailler sept années pour elle ». Le jour du mariage, Lavan trompa Yaacov en lui donnant Léa pour femme. Le lendemain, Yaacov, trahi, demanda des comptes à son beau-père. « Nous n’avons pas l’habitude, chez nous, de marier la cadette avant l’aînée. Si tu veux, la semaine prochaine, je te donne aussi Rachel à la condition que tu travailles pour moi encore sept ans » lui répondit Lavan. Yaacov accepta et se maria une semaine plus tard avec Rahel.

Le Midrach et le Talmud Baba Batra (123, a) s’interrogent face à la description de Léa: pourquoi la Torah dénigra-t-elle cette Tsadekette et releva qu’elle avait les yeux abîmés? Rava répondit que ce n’est pas péjoratif, et qu’au contraire la Torah voulu louer Léa. Car elle avait entendu ce que les gens disaient: » Rivka a deux fils et Lavan deux filles, la grande pour le grand, Essav, et la petite pour le petit. » Elle demanda alors aux voyageurs s’ils connaissaient Essav. Ils lui répondirent que c’était un homme mauvais et un brigand. Elle pleura tellement à cause de cela que ses yeux s’abîmèrent.

Le Chem Michmouel s’étonna du comportement de Léa. Pourquoi se mettre dans un tel état alors qu’il lui suffisait de refuser de se marier? A priori, les deux sœurs étaient déjà âgées. Personne ne la força à prendre pour époux Essav. Et même si elle était petite, nous voyons à propos de Rivka que Lavan lui demanda si elle voulait partir épouser Itshak avinou. Plus encore, dans le Midrach Tanhouma, il est écrit que « des accords liaient Léa et Essav, et Yaacov et Rahel ». Cependant, nulle part n’est mentionnée une relation entre Rivka et Lavan. Ils habitaient à plus de 600 km de distance. Et, plus encore, nous voyons qu’Essav s’était déjà marié avec trois femmes: si Léa lui était liée, pourquoi ne pas l’avoir déjà épousée ?

Ce rav répondit à l’aide d’un enseignement du Ari zal. Lorsque des âmes descendent sur Terre, elles viennent deux par deux : homme et femme. Une fois le moment de rentrer dans le corps, elles se séparent. Si ce couple est méritant, ils peuvent se retrouver et se reformer.

Le Chem Michmouel explique que les liens qui unissaient Léa et Essav précédaient leur venue sur Terre. Ils étaient âmes sœurs. Or Léa, par prophétie, apprit qu’elle lui était destinée. Elle se renseigna donc sur le comportement de son futur époux. Lorsqu’elle connut ses agissements, elle commença à prier chaque jour et à pleurer afin de ne pas devenir la femme de cet impie. A ce propos, rav Houna nous disait : « regardez la puissance de la prière qui permit à Léa d’annuler un décret céleste et lui donna le mérite de se marier avant Rahel. » Nos sages constatèrent que les pleurs de Léa lui permirent d’acquérir denombreux bienfaits : elle enfanta en premier. Elle mit au monde six des douze tribus. Parmi ses enfants se trouvait Lévi, le père des cohanim et des léviim, Yéouda, le père de la royauté qui donna naissance à David Amelekh et sa descendance et enfin Issakhar, le père des étudiants de la Torah. Et enfin elle mérita d’être enterrée avec Yaacov dans la grotte de Marpella aux côtés d’Adam et Eve, Avraham et Sarah et Itshak et Rivka.

La guémara, dans le traité de Brakhot (6, b) nous dit qu’il existe des vertus qui sont aussi élevées que les sphères célestes mais qui, cependant, demeurent méprisées par les gens. Il s’agit de la prière, nous disent les sages. Nous devons en effet comprendre que tout dépend d’elle : la santé, la réussite spirituelle et matérielle, notre couple, l’éducation de nos enfants… Et même si la punition est déjà décrétée, à l’aide dela prière et des pleurs nous pouvons tout changer, enseigne le Zohar.

En outre, il nous arrive parfois de prier pour une demande qui ne semble pas exaucée. Il faut savoir que chaque requête possède un prix. Parfois, pour obtenir une chose importante, il faut de nombreuses prières. Et même si une personne prie pendant cinq ou dix ans, si la quantité de pleurs et desupplications n’atteint pas le prix de sa délivrance, il lui faudra encore persévérer. Toute fois nos sages nous disent que l’attente prouve la grandeur de la délivrance. Par exemple, Hanna, la mère de Chmouel le prophète, pria de longues années pour son premier fils, qui devint plus tard un des plus grands dirigeants de notre histoire. Or, elle eut après lui encore six autres fils dont nous ne connaissons même pas le nom. C’est parce que Chmouel fut le fruit de ces nombreuses années de pleurs qu’il se révéla si exceptionnel.

Ce qui est vrai pour les délivrances personnelles l’est tout autant à propos des délivrances collectives. Si le prix de l’ère messianique paraît si cher, il paraît évident que la récompense sera au-delà de toutes nos espérances. C’est pourquoi nous ne devons pas mépriser la force de la prière afin de mériter, tout prochainement, les délivrances personnelles et collectives que nous désirons tous, amen ken yéhi ratson.

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