Histoires

Le miracle secret

par Itshak Nabet

Nous voyons dans la paracha de la semaine comment Hachem nous sauva des malédictions de Bilam.  Et pourtant, tous ces miracles qu’Il accomplit pour nos ancêtres ne furent pas dévoilés directement aux bné Israël. Et c’est donc  Moché Rabénou qui nous raconta combien notre Créateur nous aime. Nous apprenons de cette paracha qu’il nous est impossible de savoir tous les miracles qu’Hachem fait en notre faveur. Car dans de nombreux cas, tous se passe dans le plus grand secret comme l’illustre cette histoire tirée du merveilleux livre Le Maguid Parle :

Le Tzar Nicolas II était connu pour son violent antisémitisme et pour ses mesures infâmes contre les juifs. Chaque fois qu’une nouvelle idée se présentait à son esprit, il s’empressait de convoquer le conseil des ministres afin d’entériner ses décisions.

Le Tzar se rendait compte que ses projets n’aboutissaient pas. Ses décrets n’étaient pas appliqués. Ou bien, souvent, les juifs trouvaient une parade avant la parution de décret. Nicolas arriva à la conclusion que ses ministres se laissaient sans doute acheter.

Le Tzar décida d’en finir une fois pour toutes. Il allait convoquer le Parlement et l’obliger à prendre des décisions irrévocables. C’est ainsi qu’un soir, à l’improviste, il réunit tous les membres du Parlement. Il leur exposa les grandes lignes d’un vaste projet contre les juifs.

«  Je vous prie de mettre au point un plan d’action clair et cohérent ! Je vous laisse jusqu’à trois heures du matin pour en fixer les grandes lignes. Personne, ajouta-t-il en haussant la voix, n’est autorisé à quitter la salle jusqu’à mon retour. Et personne ne quittera le palais tant que le projet n’aura pas été adopté. Tachez donc de travailler avec diligence ! »

Le Tzar se retira et les ministres se mirent au travail. Pendant de longues heures, ils peinèrent pour rédiger un mémorandum susceptible de plaire à Nicolas II. Vers deux heures du matin, leur travail commençait à prendre corps. Lorsque soudain on entendit du bruit dans l’antichambre. Les ministres levèrent la tête. Quand la porte de la salle de conférence s’ouvrit brusquement, ils virent le Tzar accompagné de toute sa suite. Les ministres échangèrent un coup d’œil : pourquoi le Tzar revenait-il plus tôt que prévu ?

Sans un mot, l’empereur se dirigea d’un pas vif vers la longue table sur laquelle était posée le dossier. Sans même prendre la peine d’y jeter un coup d’œil, il le prit en mains et le déchira d’un geste sec. Puis il en jeta les morceaux dans la cheminée où flambait un grand feu de bois. Il salua alors les ministres d’un bref geste très raide. Et après un dernier claquement de talons, il se retira sans se retourner. Les ministres se regardèrent perplexes. Nul n’osait exprimer ses pensées à hautes voix. Tout cela n’était donc qu’une des multiples lubies de leur souverain.

« Nous n’avons plus qu’à rentrer chez nous, déclara finalement le doyen du Conseil. Le Tzar nous a clairement indiqué que notre travail était inutile… » Les autres ministres approuvèrent et chacun rentra chez soi.

Tout était calme dans le palais royal lorsqu’une heure plus tard, un nouveau branle-bas se fit entendre dans les couloirs de la résidence royale. De nouveau, le Tzar accompagné de sa suite se dirigea d’un pas décidé vers la salle du conseil. Les deux battants de la grande porte furent ouverts…sur une salle vide !

« Que signifie cela ?…Explosa le Tzar. Où sont les ministres ? Je leur ai pourtant interdit de quitter cette salle avant que j’aie pris connaissance du dossier ! »

Deux gardes firent timidement un pas en avant pour rappeler au souverain qu’il était venu une heure plus tôt et qu’il avait déchiré le document : les ministres avaient interprété son geste comme un ordre de se retirer…

Le Tzar écumait de rage à présent. Comment ? Ces drôles osaient se moquer de lui ? Ils voulaient croire qu’il était, lui-même, déjà venu une heure auparavant ? Et qu’il avait déchiré le mémorandum ? Ce projet qu’il désirait si vivement voir prendre forme ? Pour qui le prenait-on ?

Nicolas II allait donner l’ordre de faire exécuter les gardes mais, brusquement, il se ravisa. S’il ne s’agissait que d’une plaisanterie de mauvais goût, où étaient les ministres ? Nerveusement, le Tzar se mit à interroger tous les membres de sa suite. A sa stupéfaction, tous les témoignages furent formels. Les membres de son entourage, malgré leurs réticences, racontèrent l’un après l’autre l’incroyable vérité à leur souverain : le Tzar était déjà venu dans la salle du conseil à deux heures et, sous le regard de dizaines de témoins, il avait déchiré le mémorandum, qu’il avait jeté au feu. Les ministres en avaient conclu que l’Empereur renonçait à son projet et ils s’étaient retirés…

Le Tzar, devant l’évidente sincérité de ces témoignages, fut obligé de s’incliner. Il lui fallut bien admettre qu’il n’avait été victime d’aucun complot… De la part de son entourage du moins.

« Car Il ne dort ni ne sommeille » l’entendit murmurer, en russe, l’un de ses proches.

Nicolas lui-même avait été obligé de se rendre à l’évidence: le D. des juifs, une fois de plus, avait déjoué le plan des ennemis de Son peuple…

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