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Monter en sécurité

par Itshak Nabet

Dans la paracha de la semaine, Bo, la Torah nous raconte les trois dernières plaies d’Egypte: les sauterelles, l’obscurité et la mort des premiers nés. Suite à cette ultime punition, Pharaon décida de libérer les bné Israël le 15 Nissan. Cependant,nos ancêtres ne seront pas les seuls à quitter le pays, comme il est écrit (12, 37-38): » Les bné Israël voyagèrent de Ramsès à Soukot, 600 000 hommes. Un Erev Rav ( textuellement un mélange nombreux) monta aussi avec eux… » Ce Erev Rav, nous disent les commentateurs, était un mélange de nombreux peuples. Ces individus désirèrent se convertir et se rallier aux bné Israël. Moché Rabénou les accepta. Il existe une discussion dans le Midrach Mehkhilta (Bo, 14) sur la quantité de ce Erev Rav. Rabi Ischmaël enseigne qu’ils étaient deux fois plus que les bné Israël, soit 1 200 000. Rabi Akiva dit qu’ils étaient 2 400 000. Et Rabi Nathan pense qu’ils étaient 3 600 000. Le rav Itshak Abrabanel zal, dans son livre Machmiya Yéchoua, s’interroge à propos de ce Midrach: » Dans le livre de Yéochoua, nous pouvons lire comment la Terre d’Israël fut partagée. Or, on ne trouve aucune mention du Erev rav. Si leur nombre était si important, comment se fait-il que l’on ne mentionne pas où ces millions d’individus résidèrent? »

Pour répondre à cette question, intéressons-nous à la Haftara que nous lisons à Yom Kippour lors de la prière de Minha, le livre de Yona. Hachem demanda au prophète Yona d’aller à Ninvé, ville de non-juifs, afin de leur annoncer que leur ville sera détruite dans quarante jours. Yona refusa sa mission et s’enfuit à Jaffo. Il prit un bateau pour Tarchicha… Le Midrach Yalkout Chimoni (550) explique que Yona fit le raisonnement suivant: les goyim font facilement Téchouva. Ils feront, ici encore, sûrement Téchouva, ce qui entraînera la colère sur les bné Israël qui ne veulent pas écouter. C’est pourquoi il décida de fuir, au péril de sa vie, afin qu’il n’y ait pas d’accusation sur les bné Israël. Essayons de comprendre pourquoi le Midrach affirme que les goyim sont plus proches de la Téchouva que les juifs. Et,surtout, quel message veut nous transmettre ce Midrach.

Le Midrach continue et raconte que lorsque Yona prophétisa, le roi de Ninvé déchira ses vêtements et décréta à son peuple trois jours de jeûne. Ainsi, pendant quarante jours, tous les habitants firent une grande Téchouva. Mais après les quarante jours, ils se remirent à fauter encore plus qu’avant! Ainsi, les goyim sont proches de la Téchouva. Ils s’enflamment vite mais se refroidissent également rapidement.

Le rav Abrabanel explique qu’il en fut ainsi pour le Erev Rav. En effet, il n’est pas écrit dans le verset qu’ils voyagèrent avec eux. La Torah précise: » ils montèrent avec eux. » Pendant des dizaines d’années, les bné Israël furent maltraités en Egypte. Personne ne les aida ou prit leur défense. Lorsque ces goyim virent leur réussite, ils s’écrièrent qu’Hachem existait. Émerveillés par tant de miracles, ces millions d’individus voulurent se rapprocher du Dieu d’Avraham, Itshak et Yaacov avinou. Cependant, lorsqu’une décision est prise dans la précipitation, lorsqu’un acte ne provient pas d’une profonde réflexion, il ne peut pas durer dans le temps. Ainsi, le Erev Rav sortit le 15 Nissan avec les bné Israël. Quelques jours plus tard, à la vue de l’armée de Pharaon, une grande partie de ces gens retournèrent en Egypte. Lors du don de la Torah, ne voyant pas Moché Rabénou revenir, ils se levèrent pour demander un autre dieu. Là encore, une grande partie du Erev Rav fut puni et mourut. Après quarante ans d’errance dans le désert, il ne reste qu’une poignée insignifiante de ces convertis. Voilà pourquoi, dans le livre de Yéochoua, on ne mentionne pas leur lieu de résidence.

Nos sages expliquent ce phénomène à l’aide d’une parabole: lorsqu’un homme met son doigt dans l’eau, en une seconde son doigt fait un trou dans le liquide. Cependant, dès qu’il enlève son doigt, l’eau revient à sa place. A l’inverse, celui qui veut faire un trou dans du fer doit faire des efforts et employer des moyens importants. En outre, lorsqu’il enlève sa perceuse, le trou reste là!

Nous retiendrons du Erev Rav une leçon importante. Quand nous voulons avancer dans la vie et nous rapprocher d’Hachem, nous ne devons pas agir précipitamment, sous l’effet des sentiments. Nous devons réfléchir à la façon de nous élever intelligemment afin de ne pas tomber. Toute Alyah doit être préparée si nous souhaitons la réussir. Alors, ne sautons pas d’étapes. Creusons efficacement afin de faire un trou durable, amen ken yéhi ratson.

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