HistoiresItshak Nabet

Se faire « un Désert »

par Itshak Nabet

Nous débutons cette semaine le quatrième livre de la Thora, intitulé Bamidbar, le livre des Nombres. Il s’ouvre sur ces paroles : « L’Éternel parla en ces termes à Moïse, dans le désert de Sinaï… ». Le Midrach Rabba nous enseigne, à propos de ce verset, que pour qu’un homme puisse recevoir et acquérir véritablement la Torah, il doit se faire lui-même « un désert ». Il doit s’annuler devant la véritable volonté d’Hachem, même si cela lui coûte son renom, comme nous allons le voir dans cette histoire tirée du livre le Maguid Parle :

Cette histoire se passe à Hévron à l’époque où le Sdei ‘Hémed habitait Boukhara. Rabbi Hizkiyahou Medini, encore jeune homme, étudiait dans le kollel subventionné par un riche philanthrope, Rabbi Zora’h, qui avait mis sa fortune au service de la Torah et supportait les frais de tout le Beit Hamidrach. Le Sdei ‘Hémed étudiait avec un zèle et une assiduité peu communs, ce qui explique que Rabbi Zora’h l’avait remarqué et lui vouait une affection et une estime particulières.

Ceci n’était cependant pas du goût d’un des juifs de la communauté, un homme d’une nature jalouse et mesquine. Celui-ci se sentit bientôt rongé par une telle haine envers le protégé de Rabbi Zora’h qu’il décida de se débarrasser du jeune avrekh une fois pour toutes. Il fallait trouver quelque chose…

Rabbi Zora’h avait une servante non juive qu’il employait pour le ménage, et il la payait également pour nettoyer le Beit Hamidrach. Elle arrivait de bonne heure le matin, avant que le Beit Hamidrach soit plein. Seul le Sdei ‘Hémed, qui semblait ne jamais dormir, se trouvait habituellement déjà là en train d’étudier.

L’ennemi du Sdei ‘Hémed imagina un plan : un matin que la servante ferait son ménage, elle se précipiterait tout à coup dehors en criant que le jeune avrekh, qui avait pourtant l’air si sérieux, avait tenté d’abuser d’elle! La servante reçut une certaine somme pour jouer ce vilain rôle : elle accepta, et c’est ainsi que les choses se passèrent : un matin que le Sdei ‘Hémed étudiait tranquillement, comme à son habitude, la servante s’élança au dehors en poussant des cris déchirants qui eurent vite faite d’ameuter le quartier. On accourut … Les hommes qui arrivaient pour la prière l’entendirent avec stupeur raconter son histoire. Ce fut aussitôt un concert d’exclamations, chacun prenant partie d’une façon ou d’une autre. Celui qui avait manigancé l’affaire intervint là-dessus en criant qu’on ne pouvait passer une chose aussi grave sous silence, et qu’il fallait immédiatement exiger de Rabbi Zora’h le renvoi du criminel, auquel il fallait interdire l’accès du Beit Hamidrach.

C’est ainsi qu’une troupe arriva peu après chez le Rav, qui les écouta en silence : « Retournez calmement au Beit Hamidrach, déclara-t-il calmement. Je viendrai tout à l’heure voir ce qu’il en est. »

Les langues allaient bon train lorsque Rabbi Zora’h entra dans le Beit Hamidrach. Le Sdei ‘Hémed, qui ne semblait pas affecté par les bavardages, étudiait comme à l’accoutumée. Rabbi Zora’h, sans prêter attention aux divers commentaires, marcha directement jusqu’au pupitre de l’officiant, où il s’installa pour observer la salle en silence. Pendant une demi-heure, Rabbi Zora’h garda son regard fixé sur le Sdei ‘Hémed qui, inconscient de l’examen auquel il était soumis, continuait à étudier avec la même ardeur qu’à l’habitude.

Au bout d’une demi-heure, Rabbi Zora’h tapa sur la table :

« Je déclare que R’ Hizkiyahou est un Juste ! déclara-t-il avec force. Le premier qui se permettra de dire un seul mot contre lui ne remettra pas les pieds dans ce Beit Hamidrach ! »

Rabbi Zora’h, qui se dévouait pour la Torah et qui était un Juste lui-même, avait compris qu’il s’agissait d’une basse calomnie. Il congédia immédiatement la servante et défendit qu’on continue à parler de l’affaire. Rabbi Zora’h était un homme influent, et l’affaire fut classée.

Quelques jours plus tard, un matin que le Sdei ‘Hémed se trouvait comme d’habitude seul dans le Beit Hamidrach, la servante non juive vint le retrouver :

« Vous savez mieux que moi que mon accusation, l’autre jour, n’était qu’une cabale…J’aurais dû réfléchir un peu avant d’accepter. Je me suis laissée tenter par la belle somme que m’a promise M.X… pour vous accuser. Quelle folie ai-je faite ! Par sa faute, j’ai perdu ma place, et je suis sans travail ! J’ai dépensé tout l’argent qu’il m’a donné. Que vais-je devenir à présent? J’ai besoin de votre aide ! Si vous vouliez parler à Rabbi Zora’h pour le prier de me reprendre à son service… Je suis prête à reconnaitre publiquement que j’ai menti et que vous êtes absolument innocent ! »

« J’allais être lavé de tous soupçons… Rabbi Zora’h, c’est vrai, avait interdit de parler contre moi. Mais il ne pouvait empêcher certains gens de penser… Un aveu réparerait le ‘hilloul Hachem causé par cette accusation ! » pensa le Sdei ‘Hémed.

Mais, tout de suite, il se reprit : mais que gagnera Hachem à ces aveux? Le ‘hilloul Hachem, si on apprend qu’un juif est capable d’une manœuvre aussi basse envers un autre juif, ne sera-t-il pas plus grand encore ? Quelle gloire D… y trouvera-t-il ?

« Je vous en prie, ai-je donc dit à la servante, ne racontez cette histoire à personne. Je vais essayer de vous aider d’une autre façon. »

Le Sdei ‘Hémed, comme il l’avait promis, alla trouver, non pas R’ Zora’h, qu’il ne voulait pas mettre au courant, mais une autre personne influente, à laquelle, sans donner de détails superflus, il demanda d’embaucher la servante. Puis il revient lui annoncer qu’il avait arrangé l’affaire et lui avait trouvé un emploi.

« A ce moment, poursuivit le Sdei ‘Hémed, je sentis que mon cerveau s’ouvrait. J’eus l’impression que D… m’accordait la faculté de comprendre toute la Torah !… »

Et en effet, le savoir du Sdei ‘Hémed dépassa tout ce qu’on pouvait imaginer : il savait toute la Torah ! L’homme qui avait comploté contre moi, conclut le Sdei ‘Hémed, ne passa même pas la semaine ! Il mourut quelques jours plus tard, emportant avec lui son secret dans la tombe !

Quant au rav Hizkiyahou Medini, D… lui avait accordé la Torah… »

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