BéchalakhChémotItshak NabetParacha

Le secret de la réussite

par Itshak Nabet

Dans la paracha Béchalakh, nos ancêtres se sont débarrassés définitivement de leurs cruels oppresseurs grâce à l’ouverture de la mer de Joncs. Suite à cette libération spectaculaire, ils chantèrent et remercièrent Hachem pour tous les miracles dont ils avaient bénéficié. Lorsque la liesse se calma, le peuple commença son périple à travers le désert et fut vite confronté à de nouvelles épreuves: comment nourrir et abreuver toute une nation dans cette terre si aride? Hachem, cependant, n’abandonna pas ses enfants et leur envoya à boire par l’intermédiaire du puits de Myriam, une source d’eau qui se déplaçait avec le campement. Puis Il promit aux bné Israel de leur donner, chaque jour, une nourriture spirituelle, la Manne. Celle-ci était posée entre deux couches de rosée au petit matin afin de rester fraîche et protégée. Elle rassasiait chacun et prenait le goût désiré. Ainsi, le peuple fut-il nourri pendant quarante ans. Et, afin de ne jamais oublier ce miracle, Hachem ordonna qu’on remplisse une petite fiole en d’argile de cette nourriture afin de la montrer aux générations suivantes. De nombreux commentateurs s’étonnent de ce commandement. Depuis la paracha de Chémot, de nombreux prodiges se produisirent lors de cette sortie d’Egypte. Alors pourquoi Hachem désira-t-il que l’on conserve un souvenir de la Manne plus que des autres miracles?

Comme nous l’avons déjà dit, la Torah n’est pas un livre d’histoire. Elle est éternelle et ses enseignements éclairent le peuple juif à travers toutes les générations. C’est pourquoi nous devons comprendre que ce passage représente une leçon pour apprendre à nous comporter vis-à-vis du travail et de la subsistance. Il est écrit à propos de la Manne que Moché Rabénou demanda à chaque père de famille d’en ramasser une mesure par jour pour chaque membre de sa famille. Or le verset précise que « celui qui ramassait plus ne gagnait rien »: lorsqu’il rentrait chez lui et mesurait sa récolte, il s’apercevait qu’il avait exactement ce qu’il lui fallait. Et « celui qui ramassait moins non plus ne perdait rien », lui aussi…Puisqu’il pouvait constater, avec bonheur, que pas un gramme de ce qu’il devait prendre ne manquait. Ainsi nos ancêtres constataient-ils, de visu, que la subsistance n’est pas le fruit de notre travail mais un don du Créateur.

Notre paracha nous enseigne donc que même si un homme multiplie les heures de travail et les ruses, il ne peut pas ajouter un sou à ce qui fut décidé par le ciel. Comme il est écrit dans le traité Beitsa( 16,a) « Tout l’argent qu’un homme acquiert dans l’année lui est fixé de Roch Hachanna à Yom Kippour sauf les frais du Chabat, des Yom Tov et de l’éducation religieuse de ses enfants ». Et, même s’il diminue ses efforts, il ne perd rien de ce qui lui a été octroyé. En effet, il ne faut pas oublier que l’obligation de travailler provient de la malédiction d’Adam Arichon. Et, comme l’explique le rav Schmouellowitch zal, à la création de l’homme, il n’y avait aucun besoin de s’inquiéter pour sa subsistance. Les arbres du Gan Eden étaient remplis de fruits, les repas étaient prêts. Ce ne fut que lorsque Adam fauta qu’il fut maudit  » tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. » Or, comme les bné Israel avaient atteint le niveau d’Adam Arichon avant la faute, ils n’avaient pas besoin de travailler. Il leur suffisait d’un effort minimum, simplement de ramasser chaque jour la Manne, afin d’accomplir le verset  » tu mangeras à la sueur de ton front.

C’est pourquoi nous ne devons pas faire de cette « malédiction  » le but de notre vie. Il nous suffit de consacrer un nombre d’heures raisonnable pour le travail et d’utiliser le reste de notre journée pour l’étude de la Torah et l’accomplissement des mitsvot. Nous pouvons retrouver cette leçon à travers les lois de la nature. Lorsqu’un homme désire récolter, il doit travailler la terre, semer…Il est certain que s’il se contente de regarder son champ, rien ne poussera. Cependant, une fois les graines plantées, il ne reste plus qu’à attendre qu’Hachem envoie la pluie et que les semences poussent. Il en est de même dans tous les métiers: un homme doit fournir un travail, mais pas plus qu’il n’en faut.

La Michna, dans le traité de Kidouchine, explique que ce sont les fautes de l’homme qui entraînent la détérioration de ses revenus. Car sans elles, il nous suffirait de sortir devant chez nous pour trouver notre salaire dans la boîte aux lettres. En outre, le rav Schmouellowitch zal précise qu’en s’imaginant que le salaire est le fruit de notre travail, un homme endommage énormément sa situation. Et plus il va croire que sa richesse provient de ses mains, plus Hachem enlève sa bénédiction et plus il devra redoubler d’efforts pour se nourrir. A l’inverse, celui qui comprend que le Créateur n’a jamais cessé d’envoyer la Manne et que chaque sou est un cadeau du ciel verra ses entreprises fleurir avec très peu d’efforts. Ainsi Hachem désirait-il conserver un peu de Manne dans une fiole afin que l’on n’oublie jamais cette leçon et que l’on puisse nous aussi être nourris avec l’effort strictement nécessaire.

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