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Un désir débordant

par Itshak Nabet

Nous trouvons, dans notre paracha Béalotékha, un épisode plus que surprenant: celui du Pessah Chéni. Un an après la sortie d’Egypte, Hachem ordonna aux bné Israël d’apporter leur premier sacrifice de Pessah au Temple portatif. Alors que Moché rabénou demandait au peuple de se préparer, des hommes qui étaient impurs se plaignirent: « Pourquoi serions- nous diminués en nous privant d’apporter nos sacrifices? » Moché rabénou, ne sachant pas quoi leur répondre, demanda à Hachem. Alors le Créateur lui enseigna qu’une personne impure, ou qui n’a pas réussi à se rendre au Temple pour apporter son sacrifice de Pessah, devra le sacrifier le 15 yiar, soit un mois plus tard…pendant Pessah Chéni ( le second Pessah).

Si nous nous arrêtons un peu sur ce passage, nous pouvons relever plusieurs sources d’étonnement: il existe une discussion sur l’identité de ces hommes. Certains pensent que ce sont ceux qui portaient le corps de Yossef,et d’autres que ce sont ceux qui portaient les corps de Nadav et Aviou. D’après ces deux avis, ces hommes accomplissaient une très grande Mitsva. Chaque pas dans le désert représentait le mérite incroyable d’amener ces Tsadikim en Terre Sainte! En outre, la Torah enseigne que celui qui porte le corps d’un mort devient impur et donc ne peut pas apporter de sacrifice. Puisqu’ils ne pouvaient pas faire la volonté d’Hachem à cause d’une Mitsva, la Torah elle- même les dispensait du sacrifice de Pessah, alors pourquoi se plaindre? De plus, nous savons que Moché rabénou reçut toute la Torché au Mont Sinaï. Puisqu’il n’avait pas appris qu’il y avait des sessions de rattrapage pour les fêtes, celui qui n’avait pas pu avait perdu, alors pourquoi demanda-t-il à Hachem? Enfin, si Hachem avait prévu de donner une seconde chance à ceux qui avaient manqué Pessah, pourquoi la Torah n’enseigna-t-elle pas directement,dans la paracha Bo, avec les lois du sacrifice de Pessah, cette solution? Pourquoi donc nous raconter cette discussion entre Moché et ces hommes?

Il est écrit dans le Méssilat Mécharim qu’il existe trois réflexions qui entraînent l’homme à se renforcer dans le service Divin. Certains veulent une vie paisible, en bonne santé. Ils ne désirent pas vivre les souffrances de ce monde-ci, ni celles du monde futur. D’autres savent que la récompense dans le monde futur dépend de l’investissement sur Terre. Or, ils ne souhaitent pas avoir un petit deux pièces dans le monde futur: ils veulent une grande récompense. Enfin les Tsadikim rêvent d’atteindre la plénitude, la perfection. Pour eux, posséder un mauvais trait de caractère ou de ne pas pouvoir faire une Mitsva représente un handicap, un défaut invivable. Imaginons un homme malade d’une gangrène au doigt. Les médecins après toutes les analyses, lui déclarent: « vous avez deux solutions: soit nous vous coupons le doigt, soit il faut prendre des médicaments toute votre vie qui seront chers et douloureux. » Il est évident que notre pauvre malade choisira la seconde possibilité. Même s’il possède 19 doigts et qu’il y a de grandes chances que ce doigt amputable ne lui soit pas indispensable. Mais un homme qui perd un doigt s’appelle un handicapé: ce n’est plus un homme entier. Les Tsadikim s’efforcent de faire la Torah et les Mitsvot pour être entiers, sans aucun défaut.

Désormais,nous pouvons commencer à comprendre le déroulement de cette histoire: même si la Torah n’exigea pas d’eux d’apporter un sacrifice, ces Tsadikim se sentaient diminués, handicapés. Ils allèrent voir Moché Rabénou pour lui dire qu’ils ne pouvaient pas rester dans cette situation. Moché Rabénou savait qu’il n’y avait pas de Pessah Chéni. Mais lorsqu’il vit avec quel désir ces hommes voulaient faire les Mitsvot, il désira demander à Hachem. Et,contre toute attente, Hachem créa une nouvelle Mitsva: le sacrifice de Pessah Chéni.

 » Hachem est proche de tout celui qui l’appelle béémet (sincérement). » nous dit David Amelekh. Le Hassid Yavets zal explique que « Emet » fait référence à la Torah. Ainsi, Hachem répond à tout celui qui formule une demande spirituelle, qui veut se renforcer dans l’accomplissement de la Torah et des Mitsvot. La Torah n’enseigna pas seulement qu’il y avait une possibilité de rattraper Pessah. Elle nous montre que lorsqu’un homme veut se rapprocher d’Hachem, il n’y a pas de limite.

Nous avons parfois l’impression qu’il nous est impossible d’avancer dans certains domaines du service Divin. Notre paracha nous prouve le contraire. Rien n’est impossible pour Hachem. La seule condition est de désirer réellement évoluer. Le Midrach raconte que rabi Akiva ne savait ni lire ni écrire à quarante ans. Il ne comprenait pas ce qu’il apprenait et oubliait aussi vite. Et pourtant, à force de volonté, de prières et d’efforts, il devint le maître de toute sa génération, le Moché Rabénou de la Torah orale. Alors, à l’image de nos ancêtres, aspirons à une vie plus spirituelle afin qu’Hachem repousse les limites et nous élève, amen ken yéhi ratson.

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